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Du 22 au 25 mars

22 mars, autour de Kalaw
Le ciel est immaculé. Un voile de brume, de fumée ou de smog enveloppe les montagnes avoisinantes. Déjà, il fait 30C. Nous partons ce matin avec deux jeunes Hollandaises pour un trek d'environ 14km dans les montagnes autour de Kalaw avec notre guide July, une jeune Pao née en juillet, qui parle très bien l'anglais et certaines langues des tribus avoisinante, et qui connaît à peu près tout le monde dans le coin et leur histoire. Ce sera l'occasion de visiter quelques villages de tribus différentes, d'emmagasiner des scènes de vie quotidienne et de respirer l'air frais des montagnes. Ah oui, de faire un peu d'exercice aussi, car ça monte et ça descend ici!

C'est à travers les informations généreuses de July que nous avons nos premières perceptions de la région Shan, de son fonctionnement, de ses coutumes, de sa relation avec le gouvernement officiel, des relatons intertribales... Un vrai cours qui se poursuit à travers les sentiers, les jardins immenses, les habitations, les brûlis, les coutumes locales... Nos sens ne suffisent à mémoriser le flot d'informations.

Nous apprenons ainsi que la production d'opium dans tel village a été remplacée par des plantations à perte de vue de mandarines et de thé, mais tout le monde sait les Shans produisent encore de l'opium et en font une première transformation en opium noir avant de l'envoyer en Thaïlande par le triangle d'or où il est transformé pour la vente et la consommation. Dans un autre village, c'est le chou et le riz qui sont la source de revenus. Le buffle sert encore à labourer et à fertiliser les champs même si on voit de plus en plus ce qu'on appelle ic les "chinese buffalo" ces moteurs chinois incroyablement bruyants sur roues qui servent à labourer et à transporter du matériel selon le besoin.

Nous marchons, placottons, regardons les gens travailler, entrons dans les foyers, jouons avec les enfants, tout est extrêmement rafraîchissant. Dans une des maisons, notre guide se charge de préparer lunch sur le feu au centre de la cuisine: bouillon, nouilles aux légumes, salade à l'avocat, tomate et huile d'arachide, accompagné de pommes et de papayes. Au Myanmar, on met tous les plats sur la table de l'entrée au dessert et on mange de tout indistinctement... Un étrange délice!

En après-midi, nous poursuivons notre marche. July nous montre une plante qui a la propriété d'arrêter les saignements de nez et de soigner les maux de tête. Les femmes du groupe font aussi l'essai du thanaka: une pâte jaune extraite de l'écorce d'un arbre supposée protéger contre le soleil si mélangée avec de l'eau; soulager des coups de soleil si mélangée avec du jus de lime; et encore guérir les brûlures et les coupures si mélangée avec de l'aloes... Une journée enrichissante que je vous dis!

Même la légende du peuple Pao est presque contemporaine... À l'origine des temps, le soleil a rencontré le dragon, personnage féminin dans la mythologie Pao. De leur union est sorti un oeuf, le peuple Pao. Le soleil ne pouvait pas être toujours présent, mais le dragon ne voulait pas s'occuper seul de l'oeuf; le soleil lui demanda donc de monter l'oeuf au sommet de la montagne où il irait le réchauffer jusqu'à son éclosion, c'est-à-dire jusqu'à la naissance du peuple Pao. Ce qui explique pourquoi, encore aujourd'hui, les Pao refusent de quitter la montagne et d'habiter les vallées, car ils sont convaincus que cela attirerait la malchance...

Il y a encore d'autres légendes et tant d'histoires que nous vous conterons de vive voix...

Retour à Kalaw, la tête pleine et les pieds lourds, nous nous couchons tôt pour être en forme demain.

Demain? Un autre trek...



yanmar
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23 mars, de Kalaw au lac Inle

Nous quittons Kalaw ce matin pour Nyaung Shwe, sur les bords du lac Inle, dernier volet de notre séjour au Myanmar. Notre guide, July, nous attend à bord du tuktuk qui nous mènera à Yanoke, soit en haut de la montagne. En chemin, nous visiterons des villages, des monastères, des plantations. Puis, nous marcherons environ 3h30 pour nous rendre au bateau qui nous fera faire le tour du lac avant d'arriver à l'hôtel Golden Dream.

Nous faisons un premier arrêt dans une forêt de bambous pour y voir comment on fabrique ces innombrables paniers qu'on voit partout... Ce sera partie remise, car tout le monde est parti au marché.

Puis un arrêt dans un monastère; nous y prenons le thé et discutons avec le moine en charge en passant par July. Intéressant de comprendre la fonction sociale du monastère; éducation primaire gratuite, rassemblement pour les festivités, lieu de prière et méditation, ce qui explique la taille des monastères et leur coût puisque cet endroit est reconnu comme LE lieu où se réalise la cohésion sociale du peuple.

Nous traversons plus tard un village où l'on retrouve deux hommes qui fabriquent des paniers. Nous y apprenons qu'ils achètent une tige de bambou pour environ 2$ avec laquelle ils vont fabriquer six paniers. Ils prennent 1h30 pour faire un panier qu'ils vendent 1,50$ chacun... La question? Combien chaque homme gagne-t-il par jour?

En visitant tous ces villages, nous constatons que ceux qui sont situés loin des routes sont plus pauvres; de rares panneaux solaires fournissent tout au plus l'énergie pour un fluo. Après avoir quitté notre tuktuk, nous entreprenons la portion de la marche qui nous mène au lac. C'est un sentier de terre rouge en pente parfois rocailleuse. Au loin, on peut apercevoir les toits de tôle brillante des premières maisons installées sur le lac.

Le soleil tape toujours. Nous parvenons à Ywama ou, après avoir dîné, nous quitterons July pour prendre le bateau avec en main l'itinéraire qu'elle a pris soin de rédiger en anglais pour nous et en birman pour le conducteur de notre pirogue... Une soie!

Des bateaux? Incroyable la quantité sur le lac, dans les canaux.... Ils vont dans tous les sens tantôt chargés de matériel, tantôt de touristes. Avec des moteurs puissants et bruyants, ils soulèvent des gerbes d'eau ou de boue si l'eau n'est pas assez profonde.

Nous faisons le tour du lac Inle. Si plusieurs des sites mentionnés sont très touristiques (entendre très commerciaux), certains autres sont plus inusités tel le monastère aux chats sauteurs qui ne sautent plus... le moine qui les faisait sauter est mort l'an dernier. Ou la fabrique de cigarettes avec ou sans nicotine si on aime fumer un mélange de bananes, de gingembre, d'anis et d'autres herbages. Ou encore les jardins flottants où sont notamment produites 60% des tomates consommées au Myanmar. Ces jardins sont tenus en place par des tiges de bambou accrochées au fond du lac. À circuler dans les nombreux canaux qui sillonnent les jardins, nous avons cependant l'impression d'être un peu trop dans la vie privé des gens...

Aussi inusités, ces pêcheurs qui pagaient avec l'aviron accroché à leur mollet et qui avancent avec une torsion du corps, libérant ainsi leurs mains pour lancer leur filet.

Le circuit est aussi l'occasion de voir des tissus fabriqués à partir de fibre à l'intérieur de tige de lotus. Nous pouvons aussi admirer la dextérité des fabricants de bijoux en argent et voir le fin travail de tissage des femmes à long cou...

Vers 17h, le soleil descend lentement, mais n'est pas encore couché lorsque nous quittons le lac pour entrer dans le chenail de 5km qui mène au village de Nyaung Shwe, notre destination de journée et la dernière de notre périple dans ce magnifique pays. L'hôtel est très bien, l'accueil très chaleureux (jus de papaye et plat de fruits); les informations complètes et un plan de la ville facile à consulter.

Merci. Une douche et on verra.
24 mars, Nyaung Shwe
Journée de farniente...

Notre hôtel pratique le Myanglais! C'est-à-dire un joyeux mélange de sons à mi-chemin entre les deux langues. Ça prend une bonne écoute, mais parfois ça ne suffit pas... Au déjeuner ce matin, Sylvie n'étant pas encore arrivée, je commande pour moi un déjeuner américain (american breakfast: toast, one egg, black coffee and that is all)... Les quatre derniers petits mots semblent avoir créé toute une confusion. En effet, après que Sylvie eut placé sa demande, les plats arrivent: chacun un jus de melon, un café sucré, un bouillon parfumé à la coriandre, un bol de nouilles Shan au poulet et différents assaisonnements (piments, choux, arachides...), le tout extrêmement savoureux. Et suivent deux oeufs, les rotis et beurre et confitures pour moi, et les crêpes pour Sylvie... Demain, nous nous y prendrons différemment!

Maintenant installés sur le toit, à l'ombre, à rediger les derniers textes et à essayer de faire fonctionner le site, les bruits de la ville se font discrets. Nyaung Shwe est nettement moins frénétique que Bagan par exemple; ça fait du bien. On retrouve ici beaucoup de touristes, des Européens surtout, Français pour plusieurs. Les Québécois sont inexistants ici à part deux qui ne veulent surtout pas passer pour des Français!!! Nous venons du "Kanéda"!

Bon, déjà 15h30... Nous allons explorer la ville et trouver un resto pour souper. Au loin, un tintamarre indescriptible nous attire. Des centaines de jeunes dans des costumes sortis des contes des Mille et une nuits défilent au son des tambours et du claquement des bambous pour souligner la rentrée chez les moines de quatre jeunes qu'on promène à cheval à travers les rues de la ville. Ces garçons ont entre 4 et 8 ans environ... Un ado à côté de nous qui est passé par cette expérience, nous explique que c'est un grand bonheur pour la famille et que pour lui, c'est un grand honneur. C'est tout un spectacle!

Nous mangeons au Inle Palace: un tout petit palais de 25 places où Sylvie fera la découverte d'une salade à l'avocat et Luc, d'une salade aux feuilles de thé et tomates.

La journée est bien remplie.
25 mars, Nyaung Shwe
Ce matin, pas de chance à prendre: Luc commande un déjeuner Shan. Point. Aucun regret, c'est délicieux!

Nous avons réservé un bateau pour le Thaung Tho Market à quelque deux heures d'ici. L'aller s'effectue sous un soleil qu'atténue la brise du lac. Nous ne voulons pas nous attarder dans les attractions proposées sur le lac lui-même. Nous poursuivons donc dans des méandres à l'extrême sud du lac où il y a plusieurs villages et moins de touristes. Les constructions sont différentes mais toujours sur pilotis; lors de la saison des pluies, le niveau du lac monte en effet de plusieurs mètres. Mais aujourd'hui, notre chaloupe touche le fond à plusieurs reprises...

Enfin, nous arrivons à la pagode Thaung Tho. Aucun touriste à l'horizon. Nous entendons le grondement du tonnerre pas si lointain. Bon! Nous allons nous rendre au marché et au besoin, nous nous abriterons. Notre pilote nous annonce qu'il est trop tard, que le marché est fermé et qu'il a faim. Bref, nous devons aller dîner. Hum!

Sitôt embarqués, les premières gouttes (grosses comme des 25 cents) ne se font pas attendre. Mais nous pouvons espérer. Au bout de 45 minutes, alors que nous commencions à penser que le chauffeur avait décidé de jeûner, nous apercevons le restaurant au moment même où le ciel nous tombe dessus. Notre première pluie au Myanmar. Pêle-mêle avec les autres touristes qui viennent se réfugier, nous nous installons en regardant le vent se lever... et d'autres touristes moins chanceux complètement détrempés poursuivre leur route.

Après avoir mangé, nous poursuivons notre retour en faisant un détour pour aller visiter une fabrique de chaloupes... Assortie de quelques étals de souvenirs (on n'y échappe pas). La pluie reprend de plus belle et forte et le vent se met de la partie... Notre pilote nous suggère fortement d'aller attendre à l'intérieur de la boutique... où on fabrique les fameuses cigarettes "sans nicotine". Une heure et 15$ de souvenirs plus tard, Sylvie réveille notre pilote, et nous rentrons au bercail sous un vent froid. Il est 17h.

À l'hôtel, rassurés de nous voir enfin arriver, on nous reçoit avec un thé chaud. Que d'attention!

C'était notre dernière journée au Myanmar, la dernière d'un merveilleux séjour.