Par monts et par mers

Shenandoah, Cap Hatteras et plus...

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Shenandoah...


87, 84, 81, c'est du pareil au même. Les autoroutes américaines se déroulent dans un gouffre de verdure comme un large ruban gris sans fin. Mais quand nous entrons dans le parc national de Shenandoah, nous entrons dans un nouvel univers.

Quel accueil! Comme dans les dessins animés de Disney, le paysage se transforme, la route devient étroite, les automobilistes ralentissent, le vert est plus vert, l'air est plus frais, la brise charrie le parfum des fleurs et les chevreuils se mettent à sauter autour de Romuald.

C'est presque idyllique! Une courbe, un vallon, une montée, une vue époustouflante sur une série de chaînes de montagnes qui se perd dans un horizon feutré jusqu'à se fondre dans le bleu du ciel. Et une nouvelle courbe, un vallon, une montée, quelque rayons de soleil, un tunnel, un jeu d'ombres et de lumières, une mère chevreuil et son chevreau qui traversent devant nous, un tout autre point vue sur de nouvelles chaînes de montagnes, encore plus grosses, encore plus belles. Et encore une nouvelle courbe...

C'est comme ça pendant des kilomètres et des kilomètres. Nous sommes émerveillés, pendant que Romuald ronronne joyeusement comme s'il n'avait aucun effort à fournir dans son nouveau manège...

Sur la crête des montagnes, nous admirons les paysages magnifiques qui défilent devant nous, tantôt à gauche, tantôt à droite... Nous ne voulons rien manquer. Le Skyline Drive est sans contredit une route extraordinaire comme seuls les Américains savent faire.

Au bout d'une quarantaine de kilomètres, nous arrêtons dans un camping du parc national et choisissons un site longeant le sentier des Appalaches et offrant une vue de la vallée.

La journée a été longue, la bière va être bonne!

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Site convoité...


Le camp levé, Romuald monté sur ses blocs et nous assis sur nos chaises à siroter notre bière, nous avons vite constaté que nous n'étions pas seuls au monde et que notre site était même très convoité.

Les marcheurs du sentier des Appalaches commençaient à arriver. Courbés par la lourdeur de leur bagage et un peu fourbus de leur longue journée de marche, ils trouvaient le courage de nous saluer haut la main pendant que nous avions à peine la force de lever notre bouteille. Nous nous contentions de remuer les doigts en signe de reconnaissance, mais surtout d'admiration...

Ah! la jeunesse. Ils poussaient même la vigueur à engager la conversation pour vanter les mérites de Romuald et à nous féliciter du choix de notre site.

Un peu plus tard, à la brunante, ce sont les chevreuils qui ont commencé à envahir notre site. Un beau petit bouc très gourmand s'en donnait à coeur joie dans la pelouse, tout près de Romuald. Assommés comme nous l'étions, nous ne l'aurions peut-être même pas remarqué s'il n'avait pas tant sapé! Tant et si bien que son goulûment attira de nouveaux amis, pas farouches du tout. Ils ne se gênaient pas pour dévorer notre environnement sans s'occuper de notre présence.

En fait, ils étaient beaucoup plus chez eux que chez nous...
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Petits sons de cloches...


Après une bonne nuit de sommeil sous la pluie, nous sommes prêts à relever le défi du sentier des Appalaches, mais nous nous contenterons d'une vingtaine de kilomètres, juste assez pour pouvoir en parler... Nous nous sommes rendus à Lewis Falls, la petite chute que vous voyez derrière nous.

C'était une très belle randonnée sur des sentiers escarpés qui auraient probablement nécessité de bonnes bottes de marche. Nous n'avions que nos espadrilles; et nous avons fait avec... mais j'ai fait honte à mon chum.

Comme je dérapais plus souvent qu'à mon tour, je passais mon temps à balancer les bras pour reprendre mon équilibre. Et devinez ce que j'avais dans les mains? Une cloche à ours. En arrivant au camping, la préposée nous avait dit qu'il y avait une maman ours qui se trimballait dans les alentours avec ses deux bébés. Ne voulant pas arriver face à face avec l'une de ces boules de poils, je brassais ma cloche à qui mieux mieux pour indiquer ma présence.

Mais mon chum, l'homme brave des bois, ne semblait pas apprécier le tintement mélodieux qui suivait nos pas. Lorsque nous avons croisé les rares randonneurs de ce sentier, une petite famille qui ne semblait pas se préoccuper des ours et qui n'avait pas besoin de cloche pour signaler sa présence, il m'a même fait de gros yeux!

J'en ai fait autant le lendemain quand, à la sortie du camping, nous avons croisé l'un de ces gentils bébés ours. Heureusement, nous étions en Westfalia, car je n'avais pas ma cloche!
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