Le 19 novembre 2009
Bienvenue en Jordanie
À peine débarqués de l’avion, après une nuit blanche sur les bancs glacials de l’aéroport du Caire, nous avons eu droit à un cours d’introduction au tourisme Jordanie 101, ou plutôt Jordanie pour les nuls...

- Pourquoi 10%?
- Pour le service.
- Ça ne fait pas partie des conditions!
- Oui mais tout le monde le paie, ce n’est qu’une vingtaine de dollars...
- Il n’en est pas question!
- Ok.
Il a barré le 10%, tout simplement. Nous avons gagné notre point et il a perdu son sourire. La prise de possession du véhicule s’est poursuivie dans la mauvaise humeur, d’un bord, et la méfiance, de l’autre. «Allez signe, pis sacre ton camp...»
Sur la route de Madaba, assis dans notre Peugeot 206 toute poquée, nous nous sommes empressés d’oublier ce passage malheureux pour profiter au maximum de notre trop court séjour. Mais, accroché à l’essuie-glace, il y avait un ticket de stationnement...
Jordanie 101

Coincé entre Israël et les territoires palestiniens à l’Ouest, la Syrie au Nord, l’Irak à l’Est et l’Arabie saoudite à l’Est et au Sud, la Jordanie pourrait passer inaperçue si son histoire n’était pas marquée par l’invasion d’à peu près toutes les grandes civilisations et l’avènement des grandes religions de ce monde. Tout le monde y a laissé des ruines et un peu d’histoire. Au fil des siècle, tout le monde devait ensuite passer par là pour y trouver sa terre promise. Encore aujourd’hui, les pèlerins de toutes les religions continuent de traverser la Jordanie sur les pas de Moïse ou de Jean-Baptiste, pour faire son chemin de Damas ou pour se rendre à La Mecque.
Voilà qu’aujourd’hui, ce genre de pèlerinages s’appelle du tourisme.
Madaba

Mais ce qui est plus important pour le genre de touristes que nous sommes, c’est que Madaba une ville très agréable où les gens sont particulièrement gentils et faciles d’approche. On peut la visiter à pied et y faire des rencontres et des découvertes à tous les coins de rue. C’est d’ailleurs ce que nous y avons fait: d’abord en se faisant des amis à la boulangerie où nous avons dégusté du zatar et des namouras sublimes; puis, en visitant une école où nous avons lunché avec des étudiantes et où nous avons été reçus par les directrices et directeurs des différents niveaux; et enfin, en pénétrant dans une mosquée... Eh oui! mon pied nue de femme a foulé le tapis d’une mosquée! Au détour d’une petite rue, dans la pénombre d’une fin de journée, un gentil monsieur nous a offert «discrètement» la possibilité de visiter la grande mosquée; de la visiter «discrètement» il va sans dire. Quel privilège! «One dinar!»
Le 20 novembre
Sur le chemin du Roi

Nous avons à peine vue la Réserve de Dana. Heureusement, nous nous sommes rendus à Wadi Musa sans encombre et nous avons trouvé un petit hôtel à l’entrée de Pétra.
Pour couronner le tout, nous sommes tombés par hasard sur un bon petit restaurant rempli de Jordaniens, où nous avons mangé de la bouffe jordanienne, en écoutant de la musique live jordanienne, oud et tam-tam.
Nous pouvons maintenant aller dormir car, même si le soleil se couche vers 16h, la journée sera encore longue demain.
Les jeunes Jordaniens

Puis viendront les cibles mouvantes... les voitures de tourisme (immatriculées 70) qu’ils s’exercent à toucher avec des roches, pétards à mèche ou bouteilles de plastique réutilisables (souci écologique?) On en a fait l’expérience sur le Chemin du Roi, en nous rendant à Pétra. Il faut dire que plus d’un million de palestiniens vivent en Jordanie... De quoi donner l’exemple!
Le 21 novembre
Pétra, le site

Tout ce que l’on peut voir à Pétra dépasse l’imagination, les photos des dépliants et même les images du film d’Indiana Jones. Que ce soit le Siq, le Trésor, le Monastère ou encore les points de vue, tout nous fascine nous intrigue, nous surprend. Impossible d’épuiser la complexité de ce carrefour intemporel balayé par plus de 2000 ans d’histoire.
Après avoir suivi sur plus d’un kilomètre le défilé du SIq, dans la fraîcheur du matin, nous parvenons au Trésor au moment même où le soleil jette ses premiers rayons sur le haut de la façade. Un moment de rêve, les quelques rares touristes présents de si bonne heure ne savent s’ils doivent s’exclamer où se taire. Nous les laissons à leur indécision et nous poursuivons lentement notre découverte par le chemin des façades, bien décidés à emprunter le sentier des 850 marches qui mène au Monastère, une montée qui en vaut la peine dans un décor qui nous surprend à chaque détour! Puis, nous poursuivons dans un calme absolu notre montée vers l’observatoire de «la fin du monde». Là-haut, il y a de quoi perdre l’équilibre devant ce spectacle d’un monde plus près des enfers que du paradis. Nous partageons ces derniers instants de silence avec un âne, laissé là à attendre peut-être lui aussi la fin du monde... Il est 12h30.
Il faut redescendre pendant que tout est encore calme. Plus bas, la musique d’un chantre local se mêle à l’écho, le temps de voir défiler un troupeau de chèvres qui traverse la cour du Monastère pour trouver refuge à l’ombre d’un olivier en contrebas. Ce sont les derniers moments bucoliques de la journée.
Les autobus des tours organisés ont envahi le site et les Bédouins, véritables maîtres des lieux, s’apprêtent à reprendre possession du territoire.
Les maîtres des lieux
Sédentarisés depuis des années, les Bédouins ont le monopole de l’exploitation du site. Installés depuis l’entrée jusqu’aux confins des sentiers, ils gèrent les étals de bijoux et pacotilles et bibelots que femmes et enfants offrent aux touristes tout au long de sentiers deux fois plutôt qu’une - à l’aller comme au retour.

Dans le Siq, les jeunes hommes transportent à folle allure depuis l’entrée des touristes qui ne veulent ou ne peuvent marcher; au mépris des touristes de plus en plus nombreux sur le sentier! Enfin, à la sortie du Siq, ce sont les hommes qui vous offrent avec insistance de revenir à la guérite à cheval! Et toujours ces jeunes enfants qui offrent des cartes postales ou demandent à changer de l’argent.
Les Bédouins constituent peut-être la plus grande menace à la sauvegarde de ces lieux à la fois par le manque de respect qu’ils ont des lieux et par la hargne qu’ils affichent à l’égard des touristes.
L’odeur de l’urine te du crottin flotte encore dans l’air au moment où nous franchissons les grilles de sortie du site. Nous sommes encore sous le charme des lieux quoique frustrés en même temps de n’avoir pu en profiter pleinement. L’entrée coûte quand même 33$ CAD!
