Le 5 octobre 2009
Le Haut-Atlas et le col de Tizi n’Tichka

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Tôt le matin, nous quittons Marrakech, cette ville merveilleuse qui nous a permis de faire une entrée tout en douceur dans le monde arabe. Quel bonheur! mais il y a encore tant à voir. Nous montons donc dans un bus qui semble en assez bon état, mais qui, avec le temps et la route, ressemble davantage à un bateau dont le roulis met plusieurs estomacs de touristes à l’épreuve.

Nous, ça va, car le paysage est magnifique, et nous ne voulons rien manquer. Même si elles ne sont pas très élevées, les ternes montagnes du Haut-Atlas nous révèlent inlassablement de nouveaux zigzags et de superbes points de vue sur les vallées verdoyantes. Mais ne vous attendez pas à de belles photos; il y a des limites à se faire brasser. De plus, j’ai une de ces envies qui retient toute mon attention... J’ai presque embrassé le chauffeur quand il a mis un terme à mon désespoir! Là nous avons pu prendre quelques photos. Ouf...

Après cinq heures de route, nous arrivons à Ouarzazate, dont l’exotisme du nom est inversement proportionnel à la froideur de ses rues et de ses nouvelles constructions. Nous nous emballons un peu en voyant notre hôtel-kasbah, mais sans plus. Malgré la chaleur du temps, la froideur de cette ville persiste, même dans notre recherche de circuits dans le désert. Nous décidons donc de nous rendre directement à la porte du désert, à Zagora, histoire de mieux percevoir la chaleur que nous recherchons.



Le 6 octobre 2009
Dans ma Mercedès, je t’emmènerai...

Pas de veine... Aucun autobus pour Zagora avant la fin de la journée et nous préférons voyager de jour pour voir où nous sommes et où nous allons. Nous nous tournons donc vers les taxis collectifs qui logent normalement six personnes dont une assis sur une boîte de bois par dessus le bras de transmission... Quatre heures là-dedans, il y a des limites! Nous négocions - enfin Sylvie négocie -, nous prendrons un «grand taxi» pour nous deux seuls. Il viendra même nous chercher à l’hôtel en fin d’avant-midi!

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À son arrivée à notre hôtel, la Mercedes des années ‘60 ne paye pas d’apparence avec sa carrosserie d'origine délavée et fière de son million de km. À l'intérieur, six appuie-tête différents, un revêtement de siège usé à la corde, des poignées en bois pour s'accrocher dans les virages mais pas de manivelles pour ouvrir les fenêtres, une serviette de ratine poussiéreuse sur le tableau de bord calciné par le soleil et un plastic transparent épais et jauni qui recouvre les reste de l'habitacle. Les vitres sont relativement propres, mais elles ne s’ouvrent pas, sauf celle du chauffeur!

C'est un départ!

Question mécanique, la courroie de l'alternateur glisse jusqu'à 60 km/h, après ça se calme. L'embrayage est si usé que Salim doit faire une sorte de double embrayage pour engager la vitesse supérieure; c'est ainsi qu'on passe dans un grincement lugubre de la deuxième à la quatrième: la troisième est «shooté». Les freins sont super... Al Hamdu lilah! Dieu merci!

Sur une route de montagne sinueuse qui longe la vallée du Draa, la conduite s'apparente un peu à la formule Un - vitesse max 90km/h: on dépasse partout, on freine à la limite, on clenche à la moindre ligne droite. Au début, on s'accroche et on ferme les yeux, mais peu à peu, on se prend au jeu, on se détend et on profite du paysage. Salim est un bon pilote, qui nous offre tout un voyage dans un léger parfum aux relents de diesel... Sans doute une toute petite fuite dans le système d'échappement.

Salim vient de la région de Zagora et passe la plupart de son temps sur la route. S’il voit qu’on apprécie sa façon de conduire, il pèse sur le gaz; s’il voit qu’on apprécie la musique, il monte le son. Il ne parle pas français, mais il sait compter... S’il voit qu’on l’apprécie, il ne met pas la main dans sa poche pour nous remettre le change; c’est son pourboire!



À la Fibule du Draa, tu reviendras...
Nous sommes arrivés à bon port à l'hôtel La fibule du Draa, dans la chaleur de la fin de l'après-midi et celle de la population de cette bourgade, un net contraste avec Ouarzazate. En un clin d’oeil, nous avons réglé toutes les démarches pour notre circuit dans le désert et avons sauté dans la piscine pour nous rafraîchir.

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Tout frais installés à l'hôtel, dans une chambre sympathique avec vue sur les dattiers et la piscine de la cour intérieure, c'est la détente. Abdoul vient nous chercher pour une visite de la palmeraie. D’un pas rapide, il nous guide à travers les murets de pisé (mélange de terre et de foin qui tient lieu de mortier) qui délimitent les jardins. Il nous parle de la sécheresse des dernières années, du barrage hydroélectrique de Ouarzazate qui retient l’eau du Draa et des gens qui quittent la région. Il blague sur tout et rien, puis fait des contines sur les régions touristiques, «Dans la vallée du Draa, tu reviendras...» Il aime son coin de pays et espère bien y vivre du tourisme, lui et sa famille, dont trois enfants. «Pas plus, lance-t-il en riant. Pas comme la famille de mon frère dont on ne peut même plus faire le décompte tellement il a d’enfants! Pour moi, c’est fini! J’ai perdu la clé!» À la croisée des jardins, nous mangeons quelques dattes, volées par notre guide, avant de pénétrer dans l'ancien quartier juif, aujourd'hui partiellement relocalisé. Puis, au détour d'un minaret, dans la pénombre du vieux ksar, nous croisons une maternelle, à l'abri du monde, cachée dans un de ces couloirs aveugles dont seuls les habitants ont le secret, dans cette terre ocre, sombre et silencieuse où les âmes semblent prendre racine.

La visite se termine naturellement chez le marchand de tapis... Ça fait aussi partie du travail d’Abdoul!



Le 7 octobre 2009
Le Sahara

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Le 4x4 est prêt; Ibrahim aussi. «Voilà!» dit-il pour la première fois. Nous quittons Zagora pour les dunes de Chigaga, une mer de sable dans le désert du Sahara où nous attend un campement, juste pour nous, c’est ça le tourisme pour les retraités. Ne cherchez pas notre trajet sur les cartes routières puisqu’il n’y a pas de routes... Nous coupons à travers les palmeraies qui longent le Draa, puis les déserts de roches, puis le bitume pour nous rendre jusqu’à Mahmid. Nous emprunterons ensuite des pistes de sable jusqu’au dunes de Chigaga. Le lendemain, nous poursuivrons notre route vers Agadir en traversant le Lac Iriqui, complètement asséché. Nous avons opté pour passer plus de temps dans le désert et surtout pour faire une partie du trajet (160km) par la mythique piste du Paris/Dakar jusqu'à Foum Zguid et de là par le goudron vers Tazenakht, Talouine, Taroudant et Agadir que nous atteindrons au bout de 510km. En attendant...


Sous la férule du marabout
Avant l’aventure, un peu de visites! Notre premier arrêt est à Tamegroute où nous visitons une bibliothèque coranique, sous la férule d'un vieux marabout qui nous fait faire le tour des lieux «expresso». D’un coup de chasse-mouche, il nous pousse vers des exemplaires du Coran jusqu’aux recueils de poésie du Liban. Un autre coup de chasse-mouche, et nous voilà rendus aux manuscrits égyptiens du Haut moyen âge, puis quatre ou cinq autres coups de chasse-mouche sur l'épaule de Sylvie pour lui faire sentir le sens du texte de la Charria. Elle a compris et a baissé la tête. Enfin...

Enterré vivant
Un peu plus loin, Abdalah, guide local, nous invite à visiter la Kasbah berbère. Une gigantesque termitière de terre ocre dans laquelle circulent des familles entières. Sillonnée de longs couloirs sombres qui semblent dévorer la moindre parcelle de jour que les puits de lumière laissent pénétrer, la Kasbah est un monde d'ombres où même les mots et, surtout, les regards des femmes semblent emmurés vivants. En quelque part, un téléviseur en marche témoigne de l'existence d'un monde extérieur.

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Nous prendrons le thé à la menthe sucré dans l'alvéole d'Abdalah qu'il nous a invités à visiter. J'avais hâte de retrouver la lumière.

Nous ne pouvions quitter Tamegroute sans visiter la fabrique de poterie locale. Une visite intéressante et instructive qui ne pouvait se conclure sans un détour par la boutique de souvenirs...


La virée en chameau

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Une heure de randonnée en chameau nous conduit ensuite au campement du midi. Sylvie trouvera la force de faire le trajet, mais je n'ai pu endurer ce supplice que 15 minutes. Les séquelles à mon postérieur me le rappelleront pendant quelque temps. J'ai fini le trajet à pied... Au moins, les chameaux ne marchent pas trop vite.

Quelques heures de route nous séparaient encore de Chigaga. Nous quittons Mahmid et la route goudronnée (asphaltée) et nous empruntons la piste. Un peu plus loin, Ibrahim, par politesse quitte momentanément la piste pour céder le passage à un autre véhicule. Mal lui en pris, le 4x4 s'enlise. De l'action! Pendant une demi-heure, nous grattons avec nos mains pour essayer de dégager le dessous du véhicule au mépris des serpents et des scorpions... ou plutôt des guêpes! Chaque fois que nous essayons de repartir, rien! Finalement, j’essaie d’expliquer à notre chauffeur, avec force, gentillesse et ménagement, que les roues ne tournent pas... que le blocage des roues ne s'engage pas. Il doit pousser le levier à fond. «Il faut pousser! Voilà!» lance Ibrahim en poussant le levier à fond, pendant que nous, nous poussons le 4x4. L'honneur marocain est sauf et nous sommes enfin dégagés. Quelle aventure!!! «Voilà!»

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Le camp berbère nous attend. Le coucher de soleil aussi. Nous savourons avec délice les derniers moments du jour dans la douceur du Sahara. Un pur plaisir!

Un souper de salade marocaine et une tajine au boeuf et légumes sous la voie lactée sont le prélude à une nuit bienvenue sous la tente berbère. Nous oublions le feu et le bendir (sorte de tambourin à cordes).

Bonne nuit!

À demain!




Le 8 octobre 2009
La traversée du désert

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Départ 7h pour les 500km à destination d'Agadir. À peine debout, encore émerveillés par le lever du jour, nous amorçons un premier tronçon de la piste: que des dunes, des ornières, de la rocaille que nous abordons à 10 -15 km/h. La Land Cruiser en prend pour son rhume et, après chaque embardée, ou chaque bruit suspect, Ibrahim s'arrête pour vérifier si tous les morceaux sont bien en place. Ça tient le coup...

Au bout d'une heure, l'infini surgit sous nos yeux sous la forme d'une autoroute à 50 voies qu'on enfile à 100km/h. C'est le Lac Iriqui, asséché depuis quelques dizaines d'années par la construction du barrage hydroélectrique au nord de Ouarzazate. Encore un autre monde!

«Il faut beaucoup d'électricité pour Marrakech» nous avait dit Abdoul. Nous sommes à même d'en mesurer une des conséquences.

Trois autres heures de piste du Paris/Dakar nous amènent à Foum Zguid et au goudron. L'aventure du désert est terminée. Plus nous approchons d'Agadir, plus l'agriculture industrielle gagne du terrain. Le souffle de la mer se fait plus insistant, mais dans nos esprits, le désert est encore bien imprimé et le sable dans nos poches, bien réel.




L’huile d’argane
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Nous avions promis de vous parler de l’huile d’argane. Est-ce une légende urbaine? Peut-être.

Partout au Maroc, nous voyons des affiches vantant les mérites de l’huile d’argane; pour la bouffe, les massages, les shampoings, etc. On en retrouve même dans un beurre d’amandes grillées, très prisé des vendeurs des souks d’Agadir. Or, il paraîtrait que cette huile serait fabriquée à partir des noyaux de l’argane, fruit qui ressemble beaucoup à l’olive. Jusque-là ça va bien. C’est la cueillette de ces noyaux qui nous intrigue. Il paraîtrait, pour ne pas me répéter, que ces noyaux soient recueillis dans la crotte de chèvre!!! Les chèvres grimpent dans l’arganier et se délectent de ses fruits, en digèrent l’essentiel, puis «crachent par derrière» le noyau, comme diraient politiquement corrects les vendeurs de Marrakech. Les femmes, qui ont enfin le loisir de travailler (selon notre ami Jamil du train de Marrakech), se rueraient sur ce crottin miraculeux pour en extraire le fruit de leur richesse future. Ça, c’est la légende! Les bons guides touristiques nous en donnent une description beaucoup moins poétique!

Néanmoins, nous avons vu des chèvres grimper dans ces arbres légendaires et pris une photo de leur festin quotidien!

Nous n’avons pas encore été témoins de la cueillette miraculeuse...





La liste de...
Nous ne voulons pas faire ombrage à Virginie Coussa du Canal Évasion, mais...

Voici la liste de Luc et Sylvie

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Que mon chum m’embrasse au coucher de soleil, sur des dunes de sable, dans le Sahara!

Sylvie






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Pisser au clair de lune dans le désert du Sahara!

Luc





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Nous endormir dans une tente berbère au son des tam-tam...
Avec un peu d’imagination, vous les entendrez aussi...
Répétez tam tam tam tatatam tatam tatam... et recommencez!

Luc et Sylvie (qui, visiblement, ne dort pas encore)