Pourquoi faire simple!
Panjim — Fort Kochin, le 8 octobre 2008
Une autre journée à chercher le terminus d’autobus et une manière de prendre le train afin de poursuivre vers le Sud. Pour le billet de train, un simple coup d’œil sur la salle d’attente suffit à nous convaincre de confier avec réticence 3000rs à un démarcheur pour qu’il nous trouve (moyennant 400rs) une paire de billets en classe 3a qui nous mènera en sleeper à Ernakulam. Notre inquiétude est vaine; au retour de l’excursion, les billets nous attendent avec un reçu et la monnaie. Quelle surprise de constater qu’à partir de 60 ans, on voyage à rabais. Ça aide à faire passer la pilule.
Bon! Pas de gare pour cette destination ici; il faut aller prendre le train à Margao, 35km plus au sud. Qu’à cela ne tienne, nous prendrons le bus une fois que nous aurons trouvé le terminus…
Encore une fois, la file d’attente et la vétusté des autobus ont raison de notre patience, et c’est en taxi (600rs) que nous faisons le trajet vers la gare.
Après avoir mis 2L d’essence, notre chauffeur prend la route. Durant presque deux heures, il surveille la consommation de la Tata et roule à 21km/h en 4e vitesse. Le moteur peine durant tout le trajet. Et moi, je souffre avec lui. Nous arrivons quand même à la gare avec 1h30 d’avance! À propos de l’histoire de la congestion abominable qui nous contraint à partir si tôt… encore une fable urbaine!
C’est donc en sleeper superposé, adossé à la porte des toilettes que nous faisons l’apprentissage des trains indiens durant 14 heures... Le paysage? Sais pas vraiment, tellement les vitres teintées sales et égratignées gomment l’extérieur. Tout au plus devine-t-on des villages en chapelet le long de la voie ferrée qui sert de voie de communications, des champs de résidus de manganèse dans lesquels les jeunes jouent au soccer ou au cricket. Puis d’un coup le jour tombe. Prélude à une nuit fraîche, je suis blotti dans ma couchette à 15cm du plafond avec aux pieds, la climatisation et pour oreiller notre dernier sac à dos avec nos précieuses possessions. Que j’en prenne un qui essaie de le voler!
Une nuit de mauvais sommeil pour Sylvie qui doit affronter la foutue porte des toilettes qui s’ouvre à tout venant avec son florilège de parfums. Et comme si ce n’est pas assez, il s’en faut de peu qu’on passe tout droit à destination. “Envoye, grouille, on descend!”
N’eût été sa vigilance, nous aurions poursuivi notre route jusqu’à la visite du contrôleur. Je ne m’explique pas… Un train qui rattrape 1h30 de retard en s’arrêtant à tout moment… C’est un miracle!
C’est donc un peu assommé que je me retrouve sur le quai de la gare d’Ernakulam, il a plu (encore) et la rue est un champ de boue. Nous nous retrouvons tout de go dans un tuktuk. « Main Jetty please . How much? » Pour 20rs, nous nous rendons au port, histoire de prendre le ferry pour Fort Kochi.
Un autre champ de boue, malodorante celle-là, nous sépare du quai.
Les signes avant-coureurs du lever du jour se pointent. Il est 05h30 et, dans un silence ponctué par les toussotements du moteur, nous entreprenons la traversée du port d’Ernakulam, À peine cinq passagers transis dans la rosée matinale s’agglutinent et somnolent sur ce rafiot défraîchi, indifférents, au lever du soleil grandiose qui nous guide vers Custom Jetty. Quelle envolée touristique!
À cette heure matinale, il faut trouver le Ann’s Residency, choisi au hasard de notre bible. Flairant la bonne affaire, notre chauffeur de tuktuk, nous conseille plutôt Orion Holidays, moins cher, dit-il, que notre premier choix. De guerre lasse, nous acquiesçons.
Une très belle résidence, toute blanche et très propre. Nous optons pour une chambre avec balcon, déjeuner inclus, Internet disponible… pas trop loin du centre de la ville (1400rs par jour). Il est 6h du matin. En bas à la porte d’entrée, notre chauffeur de tuktuk attend encore sa commission. Sylvie n’a pas beaucoup dormi. Le soleil est déjà chaud. Le petit-déjeuner nous attend. J’ai faim.
Enfin une caméra...
Fort Kochi, le 9 octobre 2008

L’histoire se répète : nous demandons une information à une seule personne et nous nous retrouvons avec 10 qui s’obstinent et qui finalement oublient que nous sommes là! Quant à lire les noms des rues… On repassera. Ils sont rarement indiqués ailleurs que sur les cartes de la ville. Et de là à lire l’hindi… Nous nous en remettons donc à l’œil : « On vas-tu voir ici? » Finalement, nous trouvons une boutique et une Canon A-470. Ça fera l’affaire.
Au retour, le bateau passeur est quasi submergé de passagers et le ciel orageux n’augure rien de bon. Pourtant, Sylvie est tout sourire : elle prend des photos! Quant à moi, je me prépare au naufrage et j’apprécie la distance qui nous sépare d’une quelconque épave à laquelle je pourrais m’accrocher dans l’éventualité ou… Nous sommes arrivés à bon port. Fin du drame.

Ce soir, nous allons assister au spectacle de Kathakali : un art de la scène qui s’apparente au théâtre chinois, mais qui n’est pas sans rappeler dans le cinéma muet par l’importance accordée à la physionomie. On ne peut s’empêcher de penser au film Moulin-Rouge et au cinéma indien en général. Après-demain, on reviendra pour apprécier une danse typique du Kerala.
Journée dans les Back Waters
Fort Kochi, le 10 octobre 2008

Aujourd’hui, au programme : une excursion dans les Back Waters avec lunch inclus. Une chance que nous avons fait l’exercice avant de nous embarquer pour trois jours sur l’un de ces radeaux. C’est une sorte de slow boat écologique que notre capitaine et guide manie avec une adresse consommée au moyen d’une tige de bambou. C’est agréable, mais le temps s’étire. Six heures assis sur un siège en osier défoncé (il faut se rappeler que l’Inde est un pays pauvre), l’action est minimale. Tout ce qui bouge est digne d’intérêt, même un moustique devient soudainement captivant!. On écoute tous les bruits… Ah! Ils sont nombreux ceux qui proviennent du bateau. Les Allemands derrière nous se font rappeler à l’ordre par le capitaine du bamboo boat. C’est drôle, mais pas vraiment efficace. Une touriste catalane, assise en avant à notre droite, avec sa faire-valoir, nous gratifie –bien à son insu- de ce qui semblent être ses déboires avec son proprio, son amant, son appartement, ou son oncle, sans oublier de porter un jugement sur tous les passagers à bord qu’elle surnomme affectueusement los monos (les singes). Quand elle s’avise de fumer, peu s’en faut que ça tourne mal. L’Inde s’est mise à l’heure de la rectitude politique : on ne fume pas dans les lieux publics. Les touristes font les frais de cette nouvelle loi; la population locale, elle, n’en a que faire.


C’est le chauffeur de la jeep et le capitaine qui nous racontent ça en s’étouffant de rire lors du retour vers la ville. Maudit orgueil, d’autant plus que nous ne comprenons rien au catalan! Notre projet de descendre vers Allepey en house-boat a pris l’eau; notre expérience de 6h aura suffi. Nous ne pouvons nous résoudre à passer trois jours assis à attendre le lendemain, fût-il aussi prometteur que la veille!
Ce soir, nous faisons une entorse à nos principes et allons souper dans un resto italien… La carte laisse miroiter un spaghetti au pesto. Sylvie est gagnée! Mais il ne faut pas oublier que nous sommes en Inde. Pas de pesto, Sylvie doit faire son deuil.
Les chauffeurs indiens sont convaincus qu’ils ont neuf vies avant d’atteindre le nirvana. Essayez de leur expliquer que vous n’en avez qu’une, et que c’est ici que vous devez trouver votre nirvana… Rien à faire, ils roulent à tombeau ouvert, comme pressés d’atteindre l’état suprême, sauf qu’on dirait qu’ils changent d’idée à la dernière minute. C’est comme qui dirait un peu trop stressant, trop souvent!
Visite à Ernakulam
Fort Kochi, le 11 octobre 2008

De retour à Kochi, nous réussissons à dénicher un beer store… Ce qui n’est pas rien en Inde. C’est un exploit d’initiés que l’on confie généralement au chauffeur de tuktuk. Mais nous insistons pour le faire nous-mêmes. Nous marchons donc dans tous les sens du quartier, selon les indications des uns et les contre-indications des autres. Finalement, la persévérance ou notre alcoolisme triomphent. Nous trouvons. Le temps de ramener deux King Fisher à la chambre, qu’elles sont déjà tièdes. Qu’à cela ne tienne, demain nous en achèterons 4 et nous les placerons au frigo de la cuisine.

Nous retournons au Talk of the Town, mais cette fois, plus tôt pour éviter l’interruption de courant toujours prévue pour 19h30. Un excellent biryani!
Et nous fonçons au spectacle de danse Kathakali. Un spectacle très dynamique, esthétique, parfois très théâtral. Nous en aurions gardé un beau souvenir si je n’avais pas effacé accidentellement le bout de film tourné à cette occasion.
Promenade...
Fort Kochi, le 12 octobre 2008

Malgré une saison encore jeune, les touristes sont partout à Kochi. Venus de partout, ils déambulent dans cette ville dont la principale occupation consiste à prendre son temps. C’est dimanche et beaucoup de boutiques sont fermées, mais pas les quais qui bourdonnent d’activité. Nous assistons à la levée des filets de pêche chinois. Finies les pêches miraculeuses, les pêcheurs se contentent de harponner les touristes qui se font photographier en feignant de lever la natte triangulaire alors que les pierres en contrepoids font le travail et que les pêcheurs se livrent à un simulacre de pêche miraculeuse. Mais l’illusion se fraie un chemin et d’autres touristes voudront se prêter au jeu. C’est la pêche aux pourboires…
Tout au long de la promenade, nous croisons des vendeurs de poissons et fruits de mer. « We cook for you!» Des langoustes à 9h30… c’est un peu tôt «Maybe later?». On retrouve partout les incontournables vendeurs de cartes postales dont la marge de négociation est aussi large que la rivière. Insistants? Oui. C’est le moins qu’on puisse dire.
Nous quittons les quais pour nous rendre à pied à Bazaar Road. Avec son éternel sourire, notre omniprésent chauffeur de tuktuk nous a repérés :. «We visit the town… All day…Only 20rs O.K? » Non, ce n’est pas assez cher… «Maybe later?» No, thank you.
Les boutiques n’ouvrent qu’en après-midi. Nous sommes quittes pour nous rendre au quartier juif. Ici, difficile de ne pas avoir l’air d’un touriste. Le Canada est la deuxième patrie des Indiens : «I have a friend in Toronto, maybe you know…». C’est sûr!

Vers 16h, transis et assoiffés, nous optons pour un special tea au centre ville et étirons les King Fisher servies dans une théière, avec un riz et des légumes savoureux , mais un butter chicken très ordinaire.
Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons à la cathédrale, vestige d’une autre époque.
Enfin, allongés dans le lit nous jetons un œil distrait à la télé en planifiant les jours qui viennent et en lisant à propos de Mamalapuram. 19h30, à nouveau la coupure de courant de 30 minutes, c’est statutaire. Il nous est donné d’assister alors au festival des génératrices… Tout édifice qui se respecte en possède une. Kochi est alors submergé par les vapeurs du diesel qui, par ces temps de mousson s’accrochent longtemps après que le courant soit rétabli.
Souriez!
Fort Kochin — Chennay, le 13 octobre 2008

Les sourires ne sont pas gratuits!

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