Au Tamil Nadu
Mamalapuram, le 14 octobre 2008
Quelle gare! Immense, avec son Big Ben bien en vue au milieu des milliers de banquettes toutes occupées en dépit de l’heure matinale. Ouf! Il faut nous rendre à Park Station, la station de métro qui mène à l’aéroport de Chennay (17kms) pour prendre un bus pour Mamalapuram. Une expédition qui achève de nous réveiller, à travers un quartier en déconstruction, des latrines à ciel ouvert, des rues jonchées de déchets parmi lesquels dorment des familles de mendiants. Enfin à destination, pour la première fois, nous trouvons une file d’attente qui s’étire à l’infini… Pas question de se faufiler : on refuse de vous servir. Wow!
À l’aéroport, pas de bus; ça n’existe pas. Une autre arnaque? Toujours est-il qu’on aboutit dans un… taxi, qui, au terme d’une route tranquille en bordure de mer, nous dépose à Mamalapuram.

Petit village de 12 000 habitants, on est à refaire le système d’égouts et d’aqueduc… Les lieux sont transformés en champ de boue et montagnes de terre et de sable à travers desquels se bousculent des flots de véhicules disparates en zone sinistrée. On y rebâtit les infrastructures détruites par le tsunami de 2004. Les hôtels ont par ailleurs doublé leurs prix au fur et à mesure que leur nom figure dans le Lonely Planet. Nous optons finalement pour le Sea Breeze Hotel. À cause de sa piscine olympique d’une transparence surprenante, de la mer au bout du sentier, de son jardin intérieur et du sourire du serveur quand on a jeté un coup d’œil au menu de déjeuner. Nous nous passerons de la climatisation... La génératrice n’est pas trop bruyante. C’est super.

Une petite marche dans la section touristique du village nous entrouvre les portes d’un marché de souvenirs de toutes sortes. «Come and see inside… Just look!»…No,thank you! Toujours un large sourire «Later maybe?» …No n’est pas une réponse en Inde.
Une visite impromptue au site archéologique des temples sculptés dans la pierre nous révèle des constructions monolithiques impressionnantes qui ont su résister au temps et aux touristes qui, ici comme ailleurs, signent des œuvres qui ne leur appartiennent pas. Un peu plus loin, à l’ombre, un dormeur solitaire parmi les singes ignore le bruit incessant des tailleurs de pierre qui font l’orgueil et la poussière de la rue. Quelques vendeurs de cartes postales et un guide plus tard, nous rejoignons East Raja street, LA vraie rue du village, plus locale, plus bruyante, plus insistante auprès des étrangers. Insistance parfois dérangeante mais aussi parfois ensorcelante à laquelle Sylvie succombe. Elle se procure un ensemble fait sur mesure en véritable soie indienne, la meilleure et la plus pure qui soit. Le tout livré dès le lendemain.

La piscine de l’hôtel a tôt fait de nous réconcilier avec la chaleur humide qui nous écrase depuis notre arrivée. Quelques King Fisher plus tard dans un petit resto plein air sur le bord de la plage à regarder la fin du jour dans la brise, Delhi semble loin derrière nous.
Un vegetable byriani, un aloo gobi, et un raita cucumber servi avec un garlic nan. complètent un petit souper avec vue sur la mer.
Journée chaude et pierres brûlantes
Mamalapuram, le 15 octobre 2008


Aujourd’hui, visite aux cinq Rathas, cinq temples sculptés à même une seule pierre; le guide fut à la hauteur de ses prétentions : intéressant. Plus tard dans la journée, plus près de la plage, se dresse le Shore temple, le summum de l’art Palava, qui surplombe la plage et la Baie de Bengale. À ce stade de la journée, nous commençons à chercher de l’ombre et de la bière!

Les déplacements constituent, à ce jour, l’aspect le plus difficile du voyage. Aujourd’hui, à preuve, pour aller aux Cinq Rathas, on nous dit que c’est à 3km et que, comme la chaleur est accablante, mieux vaut prendre un taxi. C’est vrai, il fait chaud. Va pour le taxi… qui nous laisse à trois coins de rue du point de départ. À peine 500 mètres plus loin! Ça va aller, nous reviendrons à pied!
Se déplacer en train nécessite des démarches parfois fastidieuses qui n’aboutissent pas toujours, à moins de réserver des semaines à l’avance. En bus, les stations sont multiples avec chacune une destination précise et le plus souvent elles se situent à l’extérieur des villes. Il est par ailleurs souvent inutile de demander des informations tellement ce qu’on obtient est contradictoire ou fonction des intérêts de tout un chacun. On devient vite épuisés de ne jamais avoir la vérité. On en vient à douter de tout le monde. Un simple bonjour est suspect, et un « Where you from? » est l’entrée en matière d’une arnaque, c’est certain. Même les enfants se prêtent à l’exercice : « What your name?» «...» «10 roupies ». «Begging is a profession» que nous disait notre chauffeur de tuktuk à Delhi. Il semble qu’il vaille mieux apprendre jeune!

On retourne souper au même resto que la veille, même menu, même serveur, même bière. Sylvie est resplendissante dans son nouvel ensemble en rouge et noir qui tranche sur la plage à moitié endormie… Notre serveur lui remet discrètement un joli collier de pierres bleues pour souligner ses yeux bruns… à moins que ce ne soit pour la remercier du petit stylo made in China que nous lui avons remis la veille!
« The future is not what it used to be »
(C. Clarke)Mamalapuram, le 16 octobre 2008

Nous réussissons à trouver l’endroit où prendre le bus pour Pondi… À l’entrée du village sur le bord de l’autoroute, on fait la file. Ouais! « Il se peut qu’il y ait de la place, sinon, il faut attendre le suivant ». Pour les bagages? Oups. Ce sera donc un taxi, comme les vrais touristes. Nous songeons à écourter le voyage. Faudra repenser à tout ça, quitte à revoir notre façon de voyager. «The future may rise where and when you least expect it to appear. You need only to be aware it will be different » auteur inconnu.

Notre dernière nuit baigne dans une humidité que le ventilateur n’arrive pas à tempérer.
C’est incroyable de voir les hommes –exclusivement— éternuer, cracher, se moucher sans retenue aucune. Il en va de même pour le reste : uriner ou déféquer dans un terrain vague ou même sur la plage sans pudeur devant ceux et celles qui prennent tranquillement une bière ou le petit-déjeuner. On peut constater de visu que l’utilisation du papier est mal vue en Inde. Pas un coin qui ne transpire l’odeur d’urine. Prenez garde où vous mettez les pieds!
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