Survol
Chennai - Mumbai - Jaipur, le 22 octobre 2008
10h30. Départ pour l’aéroport de Chennai. Une pluie parfois forte nous accompagne tout au long de ce périple, pénible c’est le moins qu’on puisse dire. Encore des dépassements à quatre de large sur deux voies. Notre chauffeur ralentit à 20km/h chaque fois qu’il s’entretient au cellulaire et chaque fois, (c’est souvent en chriss), il zigzague pendant que, sous la pluie battante, un seul essuie-glace fonctionne et ce, par intermittence! Il y a des limites à ménager le matériel. Encore un autre qui laisse labourer le vieux moteur diesel à 10km/h en 3e vitesse. Finalement, ça redémarre et on dépasse tout ce qui bouge; à croire qu’on mesure la progression du voyage au nombre de véhicules dépassés. C’est la première fois que nous frôlons de si près l’accident. Nous arrivons vivants à l’aéroport et sortons nos bagages de coffre. Notre chauffeur attend patiemment son pourboire tout en se curant le nez. Décidément dans la vie, il y en a qui ont du culot.
C’est un vol sans histoire qui nous attend jusqu’à Mumbai puis jusqu’à Jaipur. Le survol de Mumbai nous laisse un souvenir dérangeant. Du haut des airs, la vue du fleuve qui sillonne Mumbai avant d’aller se jeter dans la mer est fascinante. Puis, c’est la fumée qui frappe : tel une muraille épaisse, un étau autour d’une immense peinture constituée de taches bleues entassées les unes sur les autres, acculée aux pistes de l’axe Est-Ouest de l’aéroport. À l’atterrissage, l’appareil longe ces cabanes de tôle surmontées de bâches dans lesquelles tout un monde survit dans le vrombissement des réacteurs et la fumée des dépotoirs. L’escale sera brève.

« Sorry, booking error. Tomorrow promise. You will have a room with balcony. » C’est pas vrai! Quelqu’un s’essaye encore. « But it’s the same price! » Comment ça? Bon! On verra demain. La chambre est belle. Elle a tout pour me séduire : petites bouteilles de shampoing, savon, brosse à dent, nécessaire pour la barbe. Une immense douche vitrée, grande salle de bain avec eau chaude éternelle, robe de chambre. Bon, il manque des pantoufles et des serviettes… On ne peut pas tout avoir dans la vie!
En attendant, pas question ce soir de nous lancer à la découverte de la ville. Il est 20h45. Nous soupons à l’hôtel. Sylvie commande la spécialité du Rajasthan, la cuisine fera un spécial pour nous préparer un échantillon de la cuisine rajasthanie. C’est délicieux. Ram ram saa!
La vie de palais
Jaipur, le 23 octobre 2008

Notre nouvelle chambre est prête avec son balcon, ses pigeons et son édredon à clochettes sorti tout droit d’un conte d’Ali Baba. Ici encore 16 prises électriques et commutateurs qui fonctionnent à moitié. Le déjeuner sur le toit est agréable sous une tente d’allure berbère surplombant la ville et au son bien senti du hit-parade indien dont raffolent nos serveurs et cuisiniers. La chaleur est déjà bien installée. Le café est fort, les omelettes byriani cuites juste à point et même les rôties au blé entier sont disponibles et, toujours comme partout, cette jelly rouge à saveur de bonbons.

En 2h30, nous réussissons à nous procurer nos billets de train depuis Jaipur vers Varanassi en passant par Agra. Un record. Un courriel nous apprend que les passeports sont disponibles au Consulat à Delhi. Enfin, une bonne nouvelle; nous les ramasserons au retour dans la capitale et nous nous procurerons les visas… pour revenir au pays.
Plus tard en après-midi, nous penchons vers l’idée d’un vrai voyage organisé pour le Rajasthan : transport réglé, hôtels presque réglés. Et toujours quelqu’un qui essaie de nous en passer une vite en nous expliquant la différence de prix par « Same, same, but different! » Ça veut dire quoi à la fin?

Où est Dieu? Dieu est partout. Ici, où est Tata? Tata est partout : auto, camion, antenne parabolique, journaux, construction, prêts hypothécaires, communications, politique…C’est le success story de l’Inde contemporaine. Ses projets sont cependant loin de faire toujours l’unanimité. Les journaux qui ne lui appartiennent pas nous le rappellent chaque jour.

Vue du balcon. Une dame qui habite l’édifice voisin vient ramasser le linge mis à sécher sur le toit, ce matin. Un grand sourire qu’elle m’a laissé lorsqu’elle m’a aperçu qui l’observais à la dérobée. Je l’ai accepté : dans l’esprit du Diwali qui approche.
Dans le HLM d’à côté, dont quelques loyers sont inhabités, pas de bruit, comme si les familles se barricadaient, hors de la pollution, hors du bruit, hors du temps, attentifs à satisfaire les besoins du quotidien. Peut-être que le Diwali…
Je me désole un peu en constatant que je n’ai plus l’énergie de ce jeune de Vancouver, croisé cet après-midi, qui, dans la vingtaine, parcoure l’Inde pour 9 mois en trouvant fascinant tous les contretemps qui nous assaillent à chaque jour. Je vieillis.
La colline que je voyais cet après-midi se profiler aux confins de la ville est disparue, noyée dans une brume jaunâtre et bientôt grise au fur et à mesure que le soleil disparaît. Et toujours ce concert de klaxons, incessant. Un concerto de solos improvisés au rythme cadencé de la circulation. Une cacophonie sans fin! Une symphonie indienne où chacun joue sa partition sans se soucier du voisin et à laquelle le maître d’œuvre, fût-il Vishnu ou l’une des milliers de déités du pays, fait la sourde oreille. Le roucoulement de milliers de pigeons qui logent dans les aspérités des immeubles voisins est moins pire que le croassement impertinent des étourneaux de Pondichéry et de Kochi.


Notre chauffeur de taxi nous retrouve à la sortie, à travers les centaines de convives qui cherchent eux aussi leur véhicule. Nous rentrons après avoir confirmé de part et d’autre le départ du lendemain matin pour le circuit du Rajasthan.
Ram ram saa!
Udaipur, le 24 octobre 2008

Et sur la route, des camions, des camions à la file sans cesse, bigarrés, de tout acabit qui nourrissent les hommes, les animaux et les usines. Tata est omniprésent. Vodafone se profile partout accroché à un arbuste perdu dans la prairie ou sur tout ce qui peut servir de support. Trente minutes peuvent s'écouler sans que nous croisions une seule voiture, que des camions, que des motos. J’ignore encore comment nous survivrons trois jours à la klaxonite. Notre chauffeur carbure au klaxon. En Inde, la moustache est un must et notre chauffeur me prédit un brillant avenir à Bollywood. Flatteur va! Avec le Diwali qui approche, les boutiques, les commerces et la moindre ruelle se parent de verroterie, de clochettes argentées, de banderoles aluminées, de lumières de couleurs… Le spectacle promet.

J’apprends un code de la route (creative imagination) qui ne me servira à rien si je suis chanceux : Wait 4 side/please horn/use dipper at nite. «Ne jamais s’occuper de ce qui vient en arrière, toujours klaxonner ce qui apparaît en avant!». Un fascinant ballet sans queue ni tête!

La vérité nous apparaît de plus en plus comme un concept élastique qu’on n’a pas intérêt à échapper. «You will travel in a new car», nous avait dit le boss de l’agence. En fait, c’est la peinture qui semble neuve; elle recouvre une mécanique de 196 234km.
Au terme d’une journée de dépaysement, avant de nous installer au Mahendra Haveli, notre chauffeur et guide nous a entraînés dans une school of arts où nous devons affronter une mise en scène drôlement efficace, et c’est de justesse que nous pouvons échapper au bout de 45 min, à ces redoutables stratèges de la vente sous pression. Ouf!. En soirée, nous avons le loisir de voir un spectacle de danse et de marionnettes dans la cour intérieure d’un vieil haveli. Quelle atmosphère sous les étoiles!
Sur la route
Jodhpur, le 25 octobre 2008


Parvenus à Jodhpur en fin de journée, nous visitons la forteresse de Mehrangarh en fin d’après-midi. Une merveille d’architecture colossale, un mélange d’architecture espagnole et arabe. Une des plus belles visites autoguidées qu’il nous sera donné de faire au Rajasthan.
Lieu sacré...
Vers Jaipur, le 26 octobre 2008

Nous faisons une pause à Pushkar, une ville sainte, témoin d’une fiesta spectaculaire peu après la fête du Diwali. Nous nous arrêtons dans ce lieu sacré où tout semble anarchique, une foire où le sacré côtoie, plus qu’ailleurs en Inde, le profane. Il règne dans les ruelles marchandes une cacophonie parfois assourdissante.
Quand nous nous éloignons du lac sacré, nous pouvons observer la mise en place des tentes et estrades destinées au plus grand marché de chameaux de l’Inde et aux courses et spectacles dans ce haut lieu de pèlerinage. Une heure suffira pour prendre le pouls de l’endroit et décider que nous repartons.
Crevés, nous rentrons à l’Umaid Mahal, après 1 200 Km de route et un arrière-goût de poussière dans la gorge. Une bonne nuit de sommeil devrait ramener les choses. Demain, nous règlerons les derniers détails pour le reste du voyage. Et nous prendrons des forces pour la célébration du Diwali le 28.
Feux sacrés...
Jaipur, le 27 octobre 2008
Aujourd’hui, journée de calme. Nous faisons le lavage, envoyons quelques courriels pour réserver des chambres à Agra et à Varanassi. Nous réservons le tuktuk d’Ali pour aller visiter Pink Palace, Amberfort et Lake Palace en plus de quelques autres incontournables.

Une fois nos visites touristiques terminées, une visite au beer shop s’impose. « No problem » nous dit Ali, avant de nous perdre à deux reprises. Ce sera cependant l’occasion de donner notre seul cadeau de Diwali …à Ali. Une bière, à sa demande; avec le pourboire évidemment. À demain!
Boum! Chaque pétard (ils sont tonitruants) fait lever la nuée de pigeons qui nichent dans la moindre encoignure des parois des appartements et des chambres de l’hôtel, laissant choir un nuage de duvet à chaque fois! Chez-nous, les pigeons ont élu domicile au-dessus du climatiseur. Nous en sommes réduits à faire fonctionner l’appareil si nous ne voulons pas entendre leurs roucoulements incessants.
Boum! Boum! Et c’est reparti… Et les revoilà!
Ce soir, c’est un souper sur le toit aux sons des feux d’artifice qui officiellement ne doivent commencer que demain. En soirée, une visite au Shaphura House, un hôtel de toute beauté. Mais les prix sont le double de ce qui est annoncé dans le Lonely Planet 2008… Vraiment cette dernière édition est dans le champ!



Kushi Diwali!
Jaipur, le 28 octobre 2008

Et un balcon avec une vue sur le toit du voisin et sur le HLM voisin ; avec la ville en filigrane.
La matinée est consacrée à la visite du cœur de Jaipur derrière la Porte Rose. Ô surprise! Ali, qui doit nous y conduire, est absent… Nous ne sommes pas vraiment surpris. Une nouvelle négociation tout sourire avec un nouveau chauffeur nous donne droit à un aller-retour et à une heure d’attente.


Que de parfums. Parfois des aromates nous saisissent à la gorge, l’encens nous prend en otages, puis les épices nous embaument pour ensuite laisser place à un mélange de fuel, d’urine et d’ordures qui, se mélangeant à une fine poussière, colle et englue nos muqueuses au point de rendre difficile la respiration dans cette chaleur accablante. Un relent qui imprègne nos vêtements et qui résiste au lavage.
Nous en profitons pour acheter deux petites boîtes à lunch indiennes étagées à trois et quatre compartiments.
Aujourd’hui, on offre de tout pour la fête : banderoles, du feuillage, des fleurs, des lumières… Et à tous les dix pas, une quantité d’étalages de friandises multicolores autour desquelles bourdonnent abeilles et fêtards.

(The Hindu)
L’éditorial suggère qu’on devrait bannir les feux d’artifice parce que cela accroît la pollution à un point tel que les nuits de fêtes, les urgences des hôpitaux sont débordées par l’afflux de gens affectés par des maladies pulmonaires!
Bon! Nous allons rétablir le niveau des fluides… Chips et bière en attendant l’apocalypse!

Ça suffit pour ce soir! Kushi Diwali!
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