L’Inde à la française...


Mamalapuram — Pondicherry, le 17 octobre 2008

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Il fait beau, chaud et humide... Nous quittons l’hôtel et sa piscine olympique et sa mer toute proche et ses jardins intérieurs et… ses huit membres du personnel tout à fait inconnus qui, sur le coup de départ, surgissent dont ne sait où, l’un derrière l’autre pour nous souhaiter «Nice trip!»… la main tendue. Le concept de la rémunération à l’acte a franchi les mers! Pas de pourboire. Nous aurons décidément laissé une flopée d’insatisfaits en Inde.

Le lavage d’hier est à refaire… Le parfum est pour le moins suspect!

Ici, même les dieux doivent gagner leur ciel; à preuve, ces vaches sacrées, maquillées, décorées et adorées qui doivent mettre le cou à la charrue ou à la charrette.

Notre chauffeur, de commerce fort agréable, est une mine d’informations tout au long du trajet; pour un peu, nous nous sentions sur une route américaine, vaches sacrées en plus.

Pondichéry est une belle surprise. En arrivant, nous empruntons l’avenue Goubert qui longe la promenade du bord de mer sur pratiquement deux kilomètres. Nous débarquons au bureau d’infos touristiques. «
You can check in anytime you want, but you can never leave!» Wow, où est l’hôtel California? C’est le thème de la campagne publicitaire de cette année… Voyons voir!

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Nous posons notre choix sur le Ajantha Beach Guest House, et nous nous installons dans notre petite chambre du 3e avec vue sur la promenade et la mer.

À midi, la faim nous mène aux portes du Superguru, le
all you can eat mythique des backpackers, situé sur la rue Mahatma Gandhi à la frontière de la partie française et de la partie indienne de la ville. On y sert ces thalis que l’on bouffe avec les doigts. Thalis du nord servis avec chapatis ou thalis du sud servis avec du riz, les préférés de la place. Un délice pour les yeux et un régal pour le palais.

La ville est séparée par un restant de canal : le côté Est qui donne sur la mer a gardé un cachet colonial français avec ses noms de rue, sa géométrie, son architecture et –il faut le dire- une propreté surprenante. Le côté Ouest de la ville est caractérisé par son indienneté : surpeuplé, bruyant et déconcertant.

Le dîner, quoique délicieux, fut un peu trop pour mon système digestif qui s’est révolté. Retour tranquille à la chambre. Repos en regardant la mer tout en savourant deux King Fisher et des chips... Le remède tout indiqué! Notre chambre est située au carrefour de l’escalier et des corridors; avec ses 11 commutateurs dont 6 fonctionnent, elle ne bat pas le record du Seabreeze, où il y en avait 17 - dont la moitié avait un usage inconnu. Les draps n’inspirent pas confiance : encore une chance que nous avons les nôtres. Les vacanciers de fin de semaine envahissent l’hôtel. Exit la quiétude de la fin d’après-midi.



Dure, dure, la vie dans un ashram!


Pondicherry, le 18 octobre 2008
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7h30. Au terme d’une nuit bruyante au possible, la vue de la mer ne suffit plus! Nous déménageons!

À 08h15, nous nous présentons au Park Guest House : un ashram situé au bout de l’avenue. Il reste une chambre au 2e étage, avec vue sur la mer, un grand balcon et une climatisation silencieuse. Le calme total. Presque trop beau pour être vrai! On prend le petit-déjeuner sur place, à côté de la promenade. On récupère le lavage.

Nous optons pour un tour guidé de Pondichéry et des environs avec l’agence gouvernementale de développement touristique. Je rêvais de voir Auroville. Comme j’avais rêvé de voir Chiloé au Chili, ou Ushuaïa en Patagonie. 

Je ne verrai d’Auroville que cette immense sphère consacrée à la méditation, dans laquelle ne peuvent entrer que les invités spéciaux.
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D’Auroville… je ne verrai rien; on en interdit l’accès aux étrangers. Il semble -selon certaines gens des environs- que le rêve écologique du départ ait sombré dans la démesure des moyens que les étrangers ont mis en place pour le réaliser.

La dernière partie du trajet passe par la plage d’Auro : un endroit assez anonyme, bornée par un cimetière, où les Indiens regardent encore les vagues sans trop savoir quoi faire… Nous non plus d’ailleurs!

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Au retour, nous sortons. Bière au resto
Le Club dans le quartier français et souper au Rendez-Vous, dans une atmosphère, tranquille; la bouffe est bonne et le service est parfois étourdissant tellement il y de gens qui y travaillent. On y sert une clientèle complètement disparate. La marche de retour est silencieuse dans la pénombre évocatrice des rues Romain Rolland, Saint Laurent, de la Caserne…

La Promenade, elle, est bondée; l’est et l’ouest de la ville se fondent pour profiter de la brise portée par le golfe de Bengale. Des jeunes partagent un sac de pois chiches épicés ou dégustent une glace, à travers les vendeurs ambulants que les enfants observent, fascinés par les jouets lumineux qu’on fait virevolter sous leurs yeux.

Nous sommes ailleurs et c’est bon.






Aujourd’hui, c’est dimanche...


Pondicherry, le 19 octobre 2008

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Au lever du jour, sur le balcon, une chaleur humide nous guette pendant qu’au delà du jardin d’inspiration Fenshui, la Promenade n’arrive pas à s’extirper complètement de la brume matinale. Tout respire le calme. La mousson, contre toutes nos prévisions, s’étire; ce qui nous donne droit à de superbes orages impromptus. Aujourd’hui, la farniente. C’est dimanche. Nous ferons comme les gens de la place: rien. Pendant que Sylvie renoue avec la lecture de son roman, j’en profite pour aller arpenter le quartier indien de la ville. On y prépare les élections de novembre à grands renforts de rallyes. Histoire de mobiliser les participants, la bière est gratuite ce matin à condition de porter les couleurs d’un candidat (t-shirt jaune ou foulard rouge). La boisson aidant, le ton monte parfois entre partisans. Je décide de changer de trottoir, histoire de ne pas être interpelé. Les bus et les camions arrivent : la procession va bientôt se mettre en branle… passablement ébranlée et amochée. On peine déjà à hisser certains corps à bord des véhicules. La journée sera longue!

Plus loin, au détour d’une rue transversale, un temple aux couleurs vives, parmi tant d’autres. Plus loin, le Temple Sri manakula Vinayagar, consacré à Ganesh, abrite un large pâté de maisons avec ses mendiants, ses innombrables vendeurs de fleurs, de bouffe… Au centre, trône l’éléphant sacré à qui l’on donne argent ou sucreries et qui, en retour, pose délicatement sa trompe sur votre front en guise de chance. Un microcosme grouillant de couleurs, d’odeurs et de sons qui vous happe tout en vous rappelant votre différence.

Quelques pas plus loin, le charme est rompu, le parc Bharati nous ramène dans le quartier français avec son animation plus affairée, même pour un dimanche. Je m’arrête au café Internet avant de poursuivre sur la rue Labourdonnais qui aboutit sur l’avenue Coubert. Impossible de ne pas succomber à la fascination de la mer sur la Promenade bondée.

Nous retournons souper au
Rendez-vous, histoire d’essayer un autre mets. À la table voisine, un groupe de jeunes Américains cherchent des hamburgers au menu. Ils jouent aux cartes et boivent du Coke en attendant leur poulet. En face, un couple d’un certain âge s’attable et demande un demi de rouge et commande une assiette superbement décorée qui embaume. Hum! Ce sera pour demain, c’est incontournable!

Demain aussi, il faudra planifier la suite du monde… Le beau pantalon en soie pure de Sylvie a déchiré sur toute la longueur de la cuisse. Plutôt sexé! Mais pas au dire de la madame!




Réservation 101


Pondicherry, le 20 octobre 2008

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La fête du Diwali, le 27 : tous les hôtels sont occupés, les transports sont complets sans réservation… Ouais, ça augure! Nous nous aventurons donc dans des agences de voyages, pour trouver les portes fermées entre 13h et 15h. Le ciel menace. Nous nous rendons au Coffe.com, un café Internet, où nous nous abritons de la pluie et nous en profitons pour fouiner sur le net à la recherche de la perle rare. Nous ne pouvons croire que l’Inde soit booké au complet… même pour le Diwali! Ouf! Il y a de la place… pour toutes les bourses!

Dans la première agence que nous visitons, se pose un problème de langue : nous ne comprenons pratiquement rien, et nous nous rendons compte que la clientèle visée est indienne. Abandonnant cette avenue nous fonçons vers l’autre agence sur Bharati Street, du côté indien de la ville, en prenant garde de ne pas trébucher sur l’impressionnante tuyauterie déployée un peu partout pour débloquer les égouts.

Lors de la rencontre très cordiale avec le proprio de la boîte, qui parle un excellent français, nous élaborons une dizaine de scénarios, – nous avons l’air de ne pas savoir ce que nous voulons; en fait, nous voulons surtout que ça ne nous coûte pas la peau des fesses- et nous finissons par nous entendre sur ce que
lui avait proposé au départ – dans le fond, c’est un copier/coller qu’il propose à tous les clients en feignant d’être attentif à leurs desideratas.

2 000 USD pour 9 jours dans le Rajasthan
-Combien?
-Vous voulez un voyage mémorable, non? »

C’est le prix qui resterait gravé dans notre mémoire… Une nuit d’insomnie nous attend, drapée dans une pluie torrentielle. À l’extérieur, pas un filet de brise, l’immobilisme le plus total, un décor surréel en teintes de gris, un dégradé dans lequel se profilent des palmiers figés dans cette sourde cataracte. Au bout de mon regard, plus rien… que la fin du monde.
The longest night!






Encore plus loin!


Pondicherry, le 21 octobre 2008

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Scénario onze. Nous prendrons l’avion pour Jaipur via Mumbay demain. Nous établirons notre quartier général à l’hôtel Umaid Mahal pour un temps, histoire de planifier nos déplacements… Adopté.

Nous sommes toujours sans nouvelles de nos passeports. Entre-temps, nous apprenons que Réjean mange son pain noir et des agrafes pour déjeuner quelque part vers le Tibet!!!

Ici, la circulation est un cas de rage au volant… même pour le piéton que je suis. En effet, comme si ce n’était pas assez de circuler à l’envers, c’est toujours à quatre véhicules de large dans tous les sens qu’on se bouscule et les piétons font office de pions dans ce ballet improvisé… pas de place non plus même sur les trottoirs occupés par les motos, les vendeurs, les restaurateurs ambulants et les mendiants qui y ont élu domicile, les chantiers de construction et quelques dépotoirs. Une petite marche sur la Promenade pour oublier tout ça! Les femmes sont belles dans leurs saris multicolores. Le temps se couvre à nouveau. Nous empruntons le chemin du retour, qui longe l’école Montessori. C’est l’heure du lunch et les parents (les mères en sari et les hommes dans leurs fringues anonymes et imbuvables) sont installés sur le trottoir ou sur une petite moto pour donner la becquée aux petits de la maternelle : sur une nappe à même le trottoir, on met le couvert et on enfourne avec les doigts du riz, du curry dans la bouche du petit. Ensuite, on le lave, on le peigne, on ajuste son petit uniforme et pendant qu’il retourne jouer dans la cour de l’école, les parents jasent entre eux. Un spectacle presque bucolique dans un calme qui contraste avec l’animation habituelle des villes indiennes.

Nous prenons possession de nos billets d’avion et le taxi est réservé pour le retour à l’aéroport de Chennay. Ce soir, le
Rendez-vous est fermé. Tous les serveurs sont assis sur les marches du resto et placotent en attendant que… ça ouvre demain. Comment ça? Y a-t-il une vie après le travail? Ils nous redirigent vers le Satsanga. Un endroit nettement pas à la hauteur de la recommandation. Dommage.


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