La boucane filtre les rayons du soleil dans le parc central, en face de la cathédrale. Et cette boucane ne vient pas de l’un des volcans qui décorent l’horizon d’Antigua; elle traîne avec elle une odeur d’encens qui se mêle à celles des fleurs, des foules et de l’urine. Noyé dans la fumée d'encens, dans la barbe à papa et dans les ballons de toute forme, un hippie se donne en spectacle à travers le cortège et sa contribution tonitruante s'intègre assez bien malgré tout dans ce tohu bohu indescriptible. Tout autour, les gens se recueillent ou s’amusent, c’est selon, mais chose certaine, ils sont tous fiers de se retrouver amoncelés aux abords des rues où défile l’une des nombreuses processions de la semaine sainte.
En fait, c'est la semaine sainte depuis trois semaines. Tout le monde semble en répétition à temps plein et ça continue en s’accentuant jusqu’à Pâques où chacun des figurants atteindra le sommet de sa gloire. Il paraît que c’est à voir. Déjà, ce que nous avons vu aujourd’hui est assez spectaculaire. Les gens vêtus de grandes robes blanches ou mauves à capuchon marchent des heures et des heures en se relayant pour porter une sorte de chars allégoriques représentant des étapes du chemin de la croix de Jésus. Une fanfare les suit, de même qu’un camion de vidanges et son équipe qui ramasse les fleurs et épines de pin tapissant les rues où passe la procession.
En soirée, les gens de la place et les paysans venus des villages environnants pour participer à la procession se réunissent dans le petit parc face à l’église de la Merced pour une grande bouffe. «Indescriptible! disait mon chum. Les parfums, les couleurs, la variété des plats, la bonne humeur, la convivialité. J’y aurais passé des heures. Ai-je bouffé? Non! Pas osé. Mon estomac est trop fragile mais mon pif, lui, non!»
Les nombreux églises et couvents sont pratiquement tous en état de décrépitude, mais ça ajoute au charme de la place. Les cloches, elles, continuent de sonner à toute heure du jour. La nuit, les coqs prennent la relève à partir de 1h30; puis les chiens, à partir de 5h en même temps que commence l'activité du mercado local à deux rues d'ici. De 7 à 8 on dort bien jusqu'à ce que la faim nous réveille. Alors, Luc s'empresse d'aller voir si le volcan El Fuego crache de la fumée. La journée peut commencer!
Allez voir ça...