Comme des poissons...

Pour terminer notre voyage en beauté, nous nous sommes rendus à Cozumel, une île au large de Playa del Carmen qui est réputée pour la splendeur de ses fonds marins. Jacques Cousteau lui-même en a été le plus grand promoteur en vantant les coraux et les grottes sous-marines qu’il y avait découverts à la fin des années 50. Wilma, la terrible tempête de 2005, a bien failli détruire à la fois cette réputation, la faune et la flore marines, le tourisme et tout ce qu’il y avait sur cette île en s’y installant confortablement pendant près de cinq jours, à tourbillonner et à dévaster tout ce qui tentait de résister à ses assauts répétés. Après seulement deux ans, plus rien n’y paraît, ou presque…

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Nous avons donc pris tôt le matin l’un des bateaux qui font la navette entre Playa del Carmen et Cozumel. «Encore en bateau!», tempêtait Luc en menaçant d’être malade, inquiet, bouleversé, viré à l’envers et surtout, d’humeur massacrante… Encore une fois, il fut ravi de sa traversée d’un gros trente minutes dans un magnifique catamaran ultra moderne qui fendait la vague turquoise sans broncher. «Mais il n’est pas question que je prenne le bateau pour aller plonger; je reste sur la terre ferme!», affirmait celui qui n’a pas oublié l’expérience de Cabo Pulmo l’année dernière où il avait eu le mal de mer en regardant les bulles remonter. Je n’en demandais pas tant; je n’étais moi-même pas très convaincue de vouloir faire de la plongée sous-marine avec un de ces peddlers mexicains qui vous offrent mer et monde, pourvu qu’on paye, après on verra…

En débarquant au quai, il y en avait une centaine qui nous offraient auto, moto, bateau, et bien sûr plongée dans les eaux cristallines des Caraïbes. Le premier à qui j’ai posé des questions pouvait à peine y répondre, se contredisait sans cesse et s’est montré fort offusqué quand je lui ai dit que j’allais y penser… Rien pour remonter mon niveau de confiance, moi qui n’est pas prête à laisser mon vieux corps se faire ballotter dans n’importe quelle lancha jusqu’au large, pour ensuite sauter dans la grande bleue avec un équipement plus ou moins douteux, descendre en vitesse avec un groupe de Super Américains qui veulent vivre l’ultime performance de leur vie, jeter un coup d’œil rapide aux coraux et aux grottes, ne pas perdre de vue le groupe de Super Américains qui doivent remonter tout de suite parce qu’ils ont trop pompé et n’ont déjà plus d’air dans leur bombonne, chercher en vain un instructeur qui m’indiquera les paliers de décompression à faire, et enfin remonter à la surface en espérant que le bateau soit encore là, surtout si quelques requins dormeurs se sont réveillés et veulent jouer avec leurs nouveaux amis à palmes de caoutchouc… Inoffensifs disent les vendeurs les plus crédibles! Est-ce un manque de confiance ou tout simplement de la peur? Sûrement l’âge!

Un autre vendeur nous a offert une journée de rêve dans un resort de luxe avec longue plage de sable blanc et d’eau bleue, trois immenses piscines, planches à voile, équipements pour plongée en apnée, une demie-heure de motomarine, deux repas inclus, et boissons à volonté, «Marguerita, cerveza, todo…», insistait-il. Et tout cela en promotion spéciale, plutôt que 30$US, 15$US, aujourd’hui et aujourd’hui seulement, juste pour vous, gentils Canadiens qui parlez espagnol et qui allez faire notre promotion dans votre pays. Pardon? 10$US! Vous n’avez qu’à passer une heure avec une équipe de vendeurs de condomiums. Qu’est-ce qui dit? 5$US! Et vous devez présenter votre carte de crédit pour que je puisse avoir ma commission. Hein??? Gratis! Est-ce un manque de confiance ou d’argent? Encore l’âge!

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Nous avons donc décidé de prendre une marche, une paisible petite marche dans la ville portuaire de San Miguel, en évitant de traverser trop souvent les rues, à nos risques et périls. Une belle promenade le long de la côte nous permet d’apprécier la mer, mais les plages sont loin de la ville et plusieurs d’entre elles sont payantes. Nous nous sommes contentés de faire les petites rues et de visiter les zones moins touristiques, mais inévitablement nous sommes revenus aux vendeurs «Eh!Gringos, best price…» Heureusement, après deux heures d’exploration passionnante, nous nous sommes aventurés sur la terrasse d’un petit resto de bord de mer. Surprise! On pouvait y faire de la plongée en apnée pour la modique somme de 5$, et un instructeur nous invitait à se joindre à lui, moyennant un petit pourboire, pour aller jouer avec les poissons. C’était magnifique! Dans un décor de catastrophe laissé par la tempête Wilma – barres de métal, colonnes de béton, structures d’acier -, il y avait des centaines de poissons de toutes les couleurs à qui nous donnions allègrement de la nourriture, pour nourrir tout simplement l’illusion. Nous nous sentions encore comme des poissons, mais au moins comme des poissons dans l’eau…

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Sylvie, de Cozumel










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Note : Je ne souscris en aucune manière à la description de mes états d’âme au moment de prendre le bateau pour Cozumel. J’étais d’excellente humeur et heureux de participer à l’aventure. Ça ne paraissait peut-être pas mais… c’était intérieur!

Luc, de Cozumel