Hanoi

Le vrai choc culturel
Vous connaissez l’histoire du gars accroché à une falaise qui, de désespoir, se met à crier : «Y’a-ti quelqu’un?» Au bout d’un certain temps, une voix lui répond : «Ferme tes yeux et laisse-toi tomber; des milliers d’anges te supporteront dans les airs et te déposeront délicatement sur la terre ferme.» Puis, le silence… suivi d’un discret «Y’a-ti quelqu’un d’autre?»

La foi a ses limites. Ici, à Hanoi, elle est mise à l’épreuve chaque fois que je dois traverser une rue. «Ferme tes yeux et avance lentement; les milliers de motos, de vélos, de cyclo-pousse, de taxis et de minibus te contourneront et, avec le souffle léger de leur passage et les vibrations de leur klaxon, ils te pousseront délicatement de l’autre côté de la rue.» … «Y’a-ti quelqu’un d’autre?»

TraficHanoi
Les premières fois, on avance, on recule, on se fait engueuler. Puis, on traverse en tremblant, en balançant les bras pour signaler notre présence ou en arrêtant carrément les véhicules d’un signe de la main. Puis un jour, on prend notre courage à deux mains et on avance lentement, les yeux grand ouvert prêt à tirer du regard celui osera nous frapper. Fort de ce succès et surpris d’être encore en vie, on admire notre courage et on se lance dans d’autres traversées périlleuses jusqu’au moment où un vendeur profite de notre fébrilité pour nous arrêter en plein milieu de la rue… Le sourire et le non-merci habituels ne suffisent pas; pas moyen de le contourner à travers les motos qui klaxonnent de plus belle; et voilà, c’est l’embouteillage monstre. Ah! Ces touristes…

Les trottoirs
Si au moins après avoir traversé la rue, il était possible de trouver refuge sur un trottoir. Impossible! Ici, les trottoirs servent à tout, sauf à marcher… Dès le petit matin, ils se transforment en stationnement pour les milliers de motos de la vieille ville, bien alignées ou tout croches. Les marchands et les ateliers s’approprient le reste de l’espace pour étaler leurs marchandises, préparer de la bouffe, faire de la mécanique, arranger des fleurs, n’importe quoi…

TrottoirsHanoi
À l’heure des repas, des restaurants de fortune s’improvisent un peu partout et des dizaines et des dizaines de petites tables et de bancs d’enfants en plastique apparaissent sur les trottoirs. Les odeurs se mêlent à la foule pour créer une atmosphère de fête de rue, ou plutôt de fête de trottoirs, car pendant ce temps-là, tu marches encore dans la rue, les motos te klaxonnent, les vendeurs te harcèlent et, les yeux fermés et le sourire crampé, tu avances lentement en te demandant :

«Y’a-ti quelqu’un d’autre?




Les marionnettes sur l’eau
Marionnette
La vie de touristes à Hanoi n’est pas facile. Heureusement qu’il y a le théâtre de marionnettes sur l’eau. Nous y sommes allés dès notre arrivée à Hanoi, c’est-à-dire, nous avons risqué nos vies pour nous rendre à ce théâtre situé seulement à quelques coins de rue de notre hôtel, mais quels coins de rue! Enfin. Les spectacles de marionnettes sur l’eau font partie de l’histoire et de la culture d’Hanoi. C’était franchement agréable! Imaginez Pépino et Capucine s’obstinant et se bataillant dans un étang. L’orchestre très sérieux et les chanteuses en costumes traditionnels font d’abord son entrée. Un peu de musique et de chant, puis arrivent en scène les marionnettes en bois, superbement colorées. Elles sont manipulées du bout du bâton par des spécialistes en la matière qui, trempés jusqu’aux cuisses, se cachent derrière un rideau. L’action commence quand la marionnette commence à se dandiner et que la chanteuse trop sérieuse se met à lancer de petits cris jouant à la fois Pépino et Capucine… Quand on réussit à faire abstraction de cette dichotomie, on s’amuse comme de vrais enfants à travers des légendes et des contes vietnamiens.

Les promenades
Nous avons visité Hanoi à travers des promenades au Lac de l’Ouest, qui est au Nord, vers l’Opéra, qui est en rénovation, sur le site du mausolée d’Ho Chi Minh, qui était heureusement fermé car le principal intéressé était allé se refaire faire une beauté en Russie. Nous avons fait des kilomètres pour manger des restaurants qui forment jeunes de la rue, pour chercher des boulangeries qui viennent en aide aux démunis mais qui déménagent trop souvent, pour revenir à pied de la gare aux petites heures du matin parce que notre agence nous avait oublié.

Comme la circulation à Hanoi est infernale, nous devons quitter cette ville avant de perdre notre sourire. Nous allons donc nous promener ailleurs…