Mana
Elle est belle, elle chante et elle joue de la guitare. «Four strings», me dit-elle en me montrant une masse de bois avec un manche grossièrement sculpté sur lequel des bouts de fils de nylon sont tendus par quatre clés de bois. Elle s’appelle Mana. Elle danse aussi. Elle a même fait un CD et un DVD. En plus, elle se débrouille très bien en anglais, car elle adore parler avec les milliers de touristes qui viennent la voir chaque année dans son petit village perdu dans les montagnes du Nord de la Thaïlande, tout près de la frontière du Myanmar.

Elle est célèbre Mana. Mais sa célébrité ne tient pas à ses multiples talents. Seulement au collier qu’elle porte depuis qu’elle est toute jeune, comme la plupart des femmes de la tribu Padaung, la tribu des femmes au Long Cou, appelées les femmes girafes. Plusieurs membres de cette tribu se sont enfuis du Myanmar pour se réfugier dans les montagnes thaïlandaises. Leurs villages sont en quelque sorte des camps de réfugiés, gérés par des groupes révolutionnaires qui revendiquent des droits pour ces tribus au Myanmar. Les touristes doivent payés pour entrer dans ces villages, en fait, pour voir les femmes girafes.

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Le collier de Mana pèse plus de cinq kilos et mesure environ 15 cm de haut. Ces colliers peuvent peser jusqu’à 22 kilos et mesurer plus de 30 cm. Ils sont faits d’une spirale de cuivre que l’on change chaque année pour le rallonger. Mana nous a expliqué que, contrairement à la légende, leur cou n’était pas atrophié et qu’il n’y avait aucun risque à enlever le collier. Pour sa part, elle ne changerait plus de collier, car celui qu’on lui a donné l’an dernier la blessait et qu’on avait dû le couper. Elle nous a montré son cou meurtri et le bout de tissus qui la protège encore, tout en nous faisant remarquer la brillance de son collier. Elle le polit régulièrement et en est très fière.



Ces colliers devaient à l’origine donner une apparence bizarre aux femmes afin de ne pas attirer les hommes des autres tribus. On dit aussi qu’ils empêchaient les tigres de traîner les femmes par le cou comme ils le font avec leurs proies. Aujourd’hui, on ne sait pas trop pourquoi, même si certains soutiennent que cette coutume rendre hommage à la femme dragon dont l’union avec le vent aurait donné naissance à cette tribu. D’autres parlent d’attractions touristiques…

Pendant que son fils tirait sur sa jupe, Mana continuait de me parler. Elle m’a demandé mon âge, et j’en ai fait autant. Elle a vingt ans; son fils, trois ans. Elle m’a parlé de son CD et de son DVD, que j’ai acheté. Puis, elle a repris son métier à tisser et a dit que son collier la gênait parfois dans ses mouvements, surtout en tissant, ce qu’elle fait tous les jours dans le petit kiosque où elle attend les touristes.