De retour au Chili


Après avoir pris nos bagages à Buenos Aires, nous avons refait nos 22 heures d’autobus pour revenir à Santiago, mais cette fois, nous nous sommes offert un peu de luxe : un lit. Luc a dormi comme un bébé jusqu’à Mendoza, où nous changions d’autobus pour traverser les Andes; les autobus à deux étages ne s’aventurent pas dans ces méandres souvent enneigés. Il n’y avait pas de neige sur la route, mais les pics étaient tout blancs; c’était beaucoup plus beau qu’à l’aller.

Comme nous en avons assez des grandes villes, à Santiago, nous nous sommes empressés de faire les démarches pour nos séjours au Pérou et à l’Île de Pâques et nous nous sommes sauvés sur la côte du Pacifique, à Valparaiso et Viña del Mar où nous avons loué une voiture : Westfalita 2. C’est une petite Peugeot, sans équipement de camping; nous nous sommes fait à l’idée que nous ne pouvions pas remplacer Romuald. Sans Westfalia, nous devons accepter de faire un autre genre de voyage que celui que nous avions prévu. Nous faisons donc de la route, de l’hôtel et du restaurant, pour le meilleur et pour le pire. Aujourd’hui par exemple, je fais vraiment pitié sur le balcon de notre petit hôtel qui donne directement sur une grande plage blanche de coquillages dans la Bahia Inglesa, au sud de Caldera, entre Antofagasta et La Serena. Le soleil est radieux et la petite brise qui vient du Pacifique me rafraîchit légèrement, juste assez... Mais ce n’est pas toujours comme ça; vous auriez dû me voir hier! Enfin.

Nous avons traversé le désert d’Atacama dans un paysage lunaire à faire frémir. La végétation commence par disparaître, les roches envahissent le décor, puis se mettent à flotter, au loin, dans les vapeurs du désert (nous n’avions rien fumé et nous n’avions pas encore essayé les tisanes de coka). Les roches disparaissent à leur tour, ne laissant que du sable qui s’étire jusqu’aux montagnes, elles aussi de sable, mais remplies de crevasses et de lignes de rock de différentes couleurs. Rien à voir avec la Pampa argentine; le paysage change sans arrêt. Il n’y a pas d’animaux, pas de boeuf, pas de mouton, pas de guanaco, pas même une mouche; que des camions, généralement remplis de matières dangereuses. Nous approchons en effet d’une région minière. La plus grande mine de cuivre à ciel ouvert est à deux pas d’ici; nous n’avons pas été la voir, mais elle est omniprésente. Une brume jaunâtre flotte à l’horizon, des petits amas de sable prennent des teintes suspectes de rouge, de vert, de bleu, de blanc, de noir. Dans des ruines de villages abandonnés, vestiges d’une civilisation qui n’a pas le lustre des Incas, les murs de cabanes en adobe se désagrègent lentement. D’autres chantiers plus grands, plus modernes, s’élèvent à l’horizon. Partout, la terre semble avoir été retournée; impossible de faire une démarcation entre l’oeuvre de la nature et la part de l’homme. Au loin, la Cordillère des Andes commence à se dessiner, puis enfin une oasis, San Pedro de Atacama.

Geysers et cactus
Il fait noir. Le ciel est couvert d’étoiles, et nous nous faisons brasser dans un minibus sur la route de Tatio. Nous n’y voyons rien. Nous sentons bien que nous montons, que nous sommes à flanc de montagnes ou que nous traversons des rivières, mais nous n’y voyons rien. Ça brasse. Rien à faire, seule notre imagination travaille; aussi bien dormir... Ce que mon chum a réussi à faire. Il faut dire que nous nous sommes levés à trois heures du matin pour aller voir les geysers de Tatio au lever du soleil. Il faut en avoir envie! surtout que nous avons fait 800 km la veille pour nous rendre de Bahia Inglesa à San Pedro de Atacama. Ce village est à 8000 pieds d’altitude, tandis que les geysers de Tatio, une centaine de kilomètres de route de terre plus loin, sont à 14 000 pieds d’altitude. Ça monte! Mal de l’altitude, mal des transports, mal de ne pas avoir déjeuner, toutes les raisons sont bonnes pour avoir le coeur dans la flotte. Une douce musique de flûte de pan réveille délicatement les chanceux qui ont pu prolonger leur nuit. La lueur du jour nous permet de distinguer des jets de vapeur dans les montagnes. Une autre rivière à traverser – nous la voyons celle-là – et nous voilà sur le plateau, à travers les geysers. C’est impressionnant... Il y a des centaines de petits geysers. Il fait très froid et certaines coulées sont en glace. Nos orteils sont aussi en glace; une chance que la chaleur du sol autour des geysers nous permet de les réchauffer. Le soleil se lève et les fumeroles de vapeur s’éclairent, certaines s’affolent et crachent un peu plus haut. Tout un spectacle! Allez voir les photos.

Après le spectacle, on nous a servi notre petit-déjeuner avec de la tisane de coka plutôt que du café. Il paraît que c’est bon pour prendre de l’altitude... Nous sommes ensuite descendus dans la vallée des cactus pour une randonnée d’environ deux heures. Là, il faisait chaud. À travers une forêt de cactus cardon, nous avons longé une petite rivière et ses cascades. Magnifique! Allez voir les photos.

De retour à San Pedro, nous nous sommes offert un petit somme bien mérité, en plein après-midi.