Rapa Nui... Todo se puede!


L’église est pleine à craquer : les femmes ont des fleurs dans les cheveux, les hommes se font l’accolade chaleureusement, les enfants sont rois. Il fait chaud et humide, et les ventilateurs n’y peuvent rien. Nous sommes piqués debout en arrière à suer, essayant tant bien que mal de passer inaperçus, mais en vain. Heureusement qu’il y a deux Mormons à veston-cravate pour détourner l’attention. Nous ne savons pas trop ce que nous faisons là, mais on nous a dit que c’était le meilleur endroit pour bien percevoir l’âme des Pascuans. En avant, le curé commence la messe en langue Rapa Nui, puis en espagnol, puis en anglais, une phrase qui s’adressait forcément à nous et aux deux Mormons. Nous écoutons religieusement la suite en dandinant pour nous donner un peu de contenance. Jusque-là, l’âme des Pascuans ne vole pas bien haut. Puis, un son d’accordéon, quelques coups de tamtam et un coeur de chant; nous sommes charmés. Les gens se mettent à chanter, quelques-uns s’emportent, d’autres marmonnent en souriant. C’est magnifique!

Rapa Nui a été découverte le jour de Pâques; c’est ce qui lui vaut le nom de l’île de Pâques. Ce qui lui vaut son attrait, c’est la drôle d’habitude des anciens de faire des gros bonhommes pour pierres tombales et de les monter sur des buttes, dos à la mer. Après cela, le mystère s’épuise et nous retrouvons tout simplement une belle petite île du Pacifique, une mer bleue 3000km à la ronde, quelque 4000 habitants aux traits polynésiens, de la musique rythmée, des choeurs de chants, des accordéons et des ukulélés...

Alvaro, notre guide, propriétaire et chauffeur, a entrepris dès notre arrivée, de nous entretenir de la spiritualité de l’île de Pâques. Concept que nous, profanes, avions confondu avec la magie du lieu... notion autrement plus simpliste mais ô combien plus près de la réalité des explications qu’on nous a données pour des phénomènes qui n’avaient d’exceptionnel que le nom. En effet, au-delà des références à l’énergie des pierres volcaniques, aux esprits endormis des roches séculaires, aux forces disséminées dans les vents, les habitants de l’île se cherchent une histoire. Il y a la vraie, celle gravée sur des tablettes de bois appelées rongo rongo,que personne n’a pu déchiffrer; et il y a celle pour les touristes, à laquelle les gens de l’île commencent à croire...

Ici, todo se puede! tout est possible...