Buenos Aires, de la grande classe!


Alloooooooo, …, Allooooooo, … De 7h du matin jusqu’à la tombée du jour, toujours sur le même ton, à un rythme bien régulier, Pablo lance son Allooooooo sur les murs de béton des vieux édifices de l’Avenida de Mayo, au cœur de Buenos Aires. Il n’arrête que pour servir ses clients. À travers le trafic incessant, l’écho de son cri résonne jusqu’à la fenêtre de notre chambre d’hôtel, comme si Pablo nous souhaitait la bienvenue. C’est ce que je m’imaginais le premier matin de notre arrivée, mais après avoir réussi à ouvrir les deux yeux, j’ai bien vu ce que j’entendais… Pablo est un vendeur de popsicle, de revel glacé, de crème glacée, ce qu’on appelle ici des glaces, soit helado en espagnol, aaalloooooooo en argentin.

Tous les matins, Edouardo fait le tour des cafés avec son petit banc et sa boîte de cirage à chaussures. Il n’est plus jeune, tout comme son habit et sa cravate, mais il est fier et énergique. Il fait briller les chaussures de ses clients, prend discrètement son dû et repart d’un pas décidé. Parfois, il s’assoit à une table, regarde la télé et prend le café qu’on lui offre. Tout le monde le salue comme un ami de longue date.

La présence de Pablo et d’Edouardo n’a rien d’exceptionnel; il est parmi les milliers de vendeurs de la rue que l’on croise sur les trottoirs de Buenos Aires, comme sur ceux de la plupart des grandes villes. Ce qui surprend davantage, c’est le nombre incroyable de vendeurs de tous ordres qui déambulent dans les métros, autobus et trains de banlieue. Avec démonstration à l’appui, ils récitent tour à tour leur petit laïus, y allant du spécial du jour et du slogan promotionnel de leur cru. Ils vendent des crayons, des agendas, des revues éducatives, des brocheuses, des couteaux Suisse, des CD, des DVD, des bijoux, des bas à mi-jambe, des parfums, de tout! Ils sont de tous âges, du monsieur muscle en camisole au premier de classe en habit cravate, du vagabond chronique au professionnel mal-à-l’aise. Peu d’entre eux semble avoir l’âme du vendeur du mois, mais avec 25% de chômage depuis la dévaluation du peso, ils se recyclent tant bien que mal, en espérant des jours meilleurs pour mettre à profit le haut taux d’éducation dont jouissent les Porteños, les gens de Buenos Aires. En attendant, ils offrent leurs produits avec plus ou moins d’aisance, avec plus ou moins de conviction, mais ils le font avec dignité, sans pression sur les clients potentiels, sans harcèlement. De leur côté, les passagers les écoutent respectueusement, ne manifestent pas d’impatience, montrent parfois de l’intérêt et font leur petite part pour soutenir celui qui est dans le besoin. Il existe peut-être une entente tacite, une sorte de solidarité, une entraide pour sortir honorablement de cette crise qui sévit depuis près de cinq ans.

Heureusement, cette crise ne semble pas avoir trop affecté la légendaire vie sociale des Porteños. Il y a des cafés et des restaurants à tous les coins de rue, et ils sont toujours pleins; des familles, des groupes d’amis, des gens seuls qui sirotent un café, une eau minérale, une bière, en lisant un journal ou tout simplement en regardant les autres. C’est comme ça tous les jours, jusqu’aux petites heures. Les gens sont simples, souriants et très beaux, particulièrement les hommes. Tout en jambe, les cheveux au vent ou attachés et bien léchés, ils vous regardent droit dans les yeux, avec assurance. Ils sont bien dans leur peau, comme la ville de Buenos Aires. Autant Santiago semblait en quête d’identité, autant Buenos Aires dégage une assurance, un bien-être, une conscience de soi, pour ses qualités comme pour ses travers.

Les Porteños n’ont pas perdu non plus leur esprit contestataire; il y a des manifestations tous les jours sur notre rue, où se trouvent également le Palais du Président, le Congrès National et plusieurs édifices gouvernementaux. La plus grosse que nous ayons vu portait sur l’affaire Cromagnon, la discothèque où près de 200 personnes sont mortes lors d’un incendie au début janvier. Selon les journaux, l’affaire est devenue politique et plusieurs têtes devraient tomber d’ici peu. Nous étions en train de regarder un film sur la vie du révolutionnaire porteño le mieux connu de la planète, Che Guevarra, lorsque ses disciples ont commencé à se manifester. De notre fenêtre, nous avons regardé passer une foule incroyable qui avançait par petits groupes en revendiquant toutes sortes de choses, parfois sans relation avec Cromagnon.

Par dessus tout, Buenos Aires a gardé sa classe; de la classe d’une autre époque peut-être, mais de la grande classe. Dans les restaurants, il faut voir les serveurs en veste et papillon ouvrir avec autant de décorum une bouteille de vin, une grosse bière ou un litre de Pepsi. La bouffe, la présentation, le service sont sans faille, même pour le spécial du jour à 2,50$. Notre hôtel, situé sur l’une des plus belles avenues de la ville, est absolument magnifique, de l’extérieur; l’intérieur est plutôt anarchique, avec des murs et des recoins un peu inusités, des fenêtres splendides derrière un mur, des portes qui s’ouvrent directement dans notre lit et une salle de bain tout croche. Mais ce n’est pas grave, il y a un bidet et le nom de l’hôtel est brodé sur les draps, les serviettes de bain et les serviettes de table du petit café où chaque matin nous prenons nos croissants et notre expresso. Le tout pour 25$ la nuit!


Automobiles
Tout ce qui semble coûter cher ici, ce sont les voitures usagées, des voitures très usagées pour ne pas dire usées à la corde. Elle coûte encore plus cher qu’au Chili, un vrai prix de fou. Difficile à croire dans un pays où la plupart des biens de consommation courante sont très économiques. D’ailleurs, les voitures neuves sont beaucoup moins cher qu’au Québec. Nous avons même évalué les possibilités d’en acheter une, mais il était impossible d’avoir une garantie de rachat lors de notre retour et le risque nous a semblé trop grand.

Nous avouons que notre Westfalia Romuald nous manque terriblement… Qu’à cela ne tienne, il ne faut pas se laisser abattre. Dans une des nombreuses agences de location de voitures, nous lui avons trouvé une petite sœur, une Volkswagon Gol, que nous appelons affectueusement Westfalita, soit petite Westfalia. Elle rêve de devenir une Westfalia quand elle sera grande, mais en attendant, pour nous permettre de découvrir les plus beaux recoins de l’Argentine et du Chili, elle devra traîner notre équipement de camping…


Transport en commun
22 heures d’autobus de Santiago à Buenos Aires, c’est long. C’est aussi frustrant quand les gens ferment les rideaux pour mieux voir la télévision. Nous avons vu 4 ou 5 films, dont un français sous-titré en espagnol. Nous étions les seuls à rire dans l’autobus. Enfin, ce n’était pas si pire, nous avons vu les Andes, des montagnes à perte de vue, de magnifiques pics enneigés et les premiers flocons de neige de l’été austral. Et là encore, nous étions les seuls à être excités dans l’autobus.


Conte… rendu météorologique
Orage sur Buenos Aires
Le charme est rompu. Pour la première fois depuis notre départ cet été, il a plu sur notre voyage; un méchant orage, les restes d’une tempête qui a causé des inondations importantes en Uruguay et quelques dommages en Argentine. Du vent, des éclairs, du tonnerre, en pleine nuit, tout un spectacle que nous avons regardé par la fenêtre de notre chambre d’hôtel. Le lendemain, il arrêtait de pleuvoir chaque fois que nous mettions le nez dehors. Le charme n’est peut-être pas rompu complètement; il s’est peut-être seulement transformé. Après tout, ce n’est pas grave s’il pleut la nuit… On en reparlera après une nuit d’orage en camping!


Santé
Finie la grippe. Nous sommes tous deux pétant de forme, si nous oublions quelques ampoules et quelques nouveaux muscles que nous venons de découvrir. Nous n’avons jamais tant marché, mais il y a tant à voir.


Voyage
Nous partons dimanche avec Westfalita en direction de la Terre de feu, dans le sud de l’Argentine, là où il fait froid. 3500 kilomètres de routes d’asphalte et de terre (ripio), dont on nous dit le plus grand mal, nous séparent de la ville la plus au sud de la planète. D’ici là, nous aurons le temps de voir bien d’autres choses, que nous partagerons avec vous.