Un peu plus bas
Hier, j’ai poigné un méchant coup de soleil, mais ça valait la peine! Je suis allée faire de la plongée sous-marine au Parc National de Cabo Pulmo, une réserve marine où l’on retrouve l’un des trois récifs de corail d’Amérique du Nord. Je sais; je vais en faire saliver quelques-uns, dont mon frère Gilles. Mais il faut que je le dise : c’était magnifique!
Le bateau est venu nous prendre à 7h30 à notre camping, à Los Barriles, pour une petite randonnée d’environ une heure. De la mer, nous pouvions enfin admirer toute cette nature sauvage, des plages de sable blanc à perte de vue, des falaises escarpées, de hautes montagnes couvertes de végétation contrairement à celles des déserts que nous venons de traverser. À l’occasion, nous pouvions voir sur les flancs des montagnes des petits bouts de la seule route qui traverse tant bien que mal cette région. Et ça nous rappelait un fort mauvais souvenir. Ça nous rappelait que, deux jours plus tôt, nous avions emprunté cette route, ou plutôt cette planche à laver, pour nous rendre à Cabo Pulmo où il n’y a aucun camping. Lorsqu’on nous a dit que nous devions faire encore 7 km sur cette route pour en trouver un – peut-être -, nous avons décidé de revenir sur nos pas. C’est alors que nous avons appris qu’il n’y a pas seulement l’eau qui risque de s’accumuler dans les VADOS, ces bouts de routes qui traversent le lit des rivières et qui se transforment en cuvettes après la pluie. Il s’y accumule aussi du sable, beaucoup de sable. Naturellement, Romuald y est resté pris… Et moi, j’ai poussé. Heureusement, un gentil couple de Mexicains m’a aidée. Après nous avoir lancé une tonne de sable, avoir encaissé nos quelques gros mots et avoir répliqué par de petits nuages noirs, Romuald a finalement repris la route en toussotant. Résultat : Vingt kilomètres plus loin, nous étions stallés sur le bord de la route à prier tous les saints. Nous avons sorti tout notre stock pour voir le moteur (qui est en arrière, juste en dessous de notre lit!). Luc a reconnu quelques fils…, les a brassés, a constaté que le silencieux était sale, a émis quelques hypothèses, s’est fait des peurs avec de la boucane, mais je crois que c’était moi qui chauffais, pas Romuald. Enfin, après quelques menaces de vente, nous avons décidé d’essayer de le repartir. Depuis, il fonctionne très bien, mais le doute s’est installé de nouveau dans notre ménage à trois.
Le voyage en bateau était beaucoup plus agréable. Nous avons jeté l’ancre au large de Cabo Pulmo pour une première plongée. J’avoue que j’étais un peu nerveuse; ça faisait déjà plus de dix ans que je n’avais pas plongé et je commençais à croire que j’étais rendue trop vieille pour ce genre d’aventures. Mais il faut croire que c’est comme la bicyclette! J’avais la chance d’avoir mon instructeur privé - l’avantage de voyager hors saison. Nous sommes pratiquement descendus main dans la main dans la grande bleue; une visite guidée à travers les coraux et les bancs de poissons colorés. Pas de requin, quelques gros poissons non identifiés, beaucoup de dentelles et de masses de corail à longues cheminées, surtout dans des tons de roses. À mon retour, 45 minutes plus tard, Luc avait le cœur dans la flotte et avait hâte de fouler le sol de notre prochaine escale, la Playa Iguana, une petite plage déserte aux abords de laquelle s’étire le récif de corail, ce qui en fait une destination courue par les amateurs de plongée en apnée. Bien qu’elle ne soit accessible que par bateau, notre plage n’est donc pas restée déserte longtemps, mais Luc a pu s’en donner à cœur joie pendant que je faisais ma deuxième plongée au large. J’étais moins nerveuse et tout s’est très bien passé. C’était beau mais, console-toi mon frère, c’était pas aussi beau que dans la réserve de Cousteau en Guadeloupe.
Cette sortie en mer m’a néanmoins permis d’apprécier davantage Baja California, qui je crois est beaucoup plus belle de la mer que de la terre. J’essaie de me remettre lentement du choc culturel subi à Tijuana. Je crois d’ailleurs que cette ville frontalière n’existe pas, c’est une illusion créée de toutes pièces par la rumeur populaire, par de mauvaises langues, française ou espagnole. Je me suis même rendu compte que nous n’avions pas encore traversé la frontière. Baja California est en quelque sorte le 51e état américain. Il n’a pas été acquis à la suite d’une guerre comme celle où le Mexique a dû céder la Californie, le Nouveau Mexique et le Texas, au milieu du XIXe siècle, juste avant qu’on y découvre de l’or et du pétrole. Il a été acheté, parcelle par parcelle, par de simples citoyens américains qui avaient un besoin extrême de quelques résidences de luxe pour étaler leur richesse, à l’abri des normes américaines. Ils cherchaient également une main-d’œuvre bon marché pour mesurer leur pouvoir, le pouvoir de l’argent qu’ils ont gagné à la sueur de leur front et qui leur permet aujourd’hui d’être généreux avec des gens qui n’ont pas eu leur chance et qui leur obéissent au doigt et à l’œil pour leurs moindres caprices.
Ici, il y a très peu de camping. Nous sommes présentement au Martin Verdugo Resort, un hôtel sur le bord de la mer avec des espaces pour R.V. à l’arrière. Nous sommes à l’arrière naturellement, mais nous avons accès à tous les services, dont la piscine qui est très appréciée par cette chaleur. Et nous sommes pratiquement seuls en camping, à part un coq qui passe son temps à courir après ses trois poules. Ce n’est pas la saison, il fait encore trop chaud, 29 - 30 pendant la nuit, c’est parfois dur à endurer! Mais ça ne coûte que 12$ par jours, c’est pas si mal. Les clients de l’hôtel sont surtout des gros riches qui se transforment en pêcheurs pour quelques jours. Ils deviennent aussi de gros adolescents gâtés et packtés qui veulent tout, et ils le veulent maintenant. C’est un vrai spectacle de les voir se lancer des défis et chiâler après le capitaine parce qu’ils n’ont pas poigné assez de poissons.
Nous avons tout de même rencontré des Américains vraiment gentils. Mais je ne sais pas pourquoi, je m’attends toujours à ce qu’il y en ait un qui, pendant une longue conversation amicale sur la plage, finisse par me donner vingt piasses pour que je lui fasse de l’ombre. Je m’imagine un peu penaude avec mon vingt piasses dans les mains pendant que le gars, pour être encore plus gentil et serviable, me prend par les épaules pour m’aider à trouver l’endroit stratégique devant le soleil et me dit avec le sourire d’un vendeur : «Let me do that for you!» En bonne Québécoise qui ne veut pas déranger, je resterais peut-être là, ou pire, je resterais là après lui avoir remis son vingt piasses et dit que ce n’était pas nécessaire, que ça me faisait plaisir de lui rendre ce service. Je pourrais essayer la méthode mexicaine et payer quelqu’un d’autre dix piasses pour faire la job. Un Américain, lui, ferait d’une pierre deux coups en plaçant un parasol à sa place et en le transformant en panneau publicitaire.
Baja California est un territoire aride, un désert coincé entre des chaînes de montagnes. Il semble que les Américains, et aussi quelques Canadiens, possèdent les côtes pendant que les Mexicains se partagent le désert. Au centre, on économise l’eau; sur la côte, on arrose les terrains de golf de chaque gros hôtel. On m’avait dit que Baja était un paradis pour le camping et les amateurs de nature. Pourtant, quand on réussit à se rendre en quelque part par les affreuses routes, on nous parque en arrière sur un terrain de gravelle de 10 par 15 pieds pendant que toutes les villas sur la mer sont vides et bien clôturées en attendant la haute saison. Si on veut se rendre dans des régions plus sauvages, on met notre véhicule en péril et on prend aussi des risques au niveau de la sécurité. Je ne sais pas encore quoi penser de cette péninsule. C’est beau, mais c’est aussi laid d’une certaine façon. Nous partons lundi pour Cabo San Lucas; il paraît que c’est Sodome et Gomorrhe, pire, c’est comme Cancun. Ça n’améliorera pas ma perception mais enfin, j’aurai vu.
Comme disent les Américains : Been there, Seen it, Done it!
Je vous en donne des nouvelles bientôt.
Hasta luego,
ou plutôt : So long baby!
Sylvie et Luc
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