Zacatecas, une mine de découvertes



Trois petits sons de cloches viennent de résonner dans le noir silence de Zacatecas. Le timbre de ces cloches se fait très discret, timide même, comme si elles disaient s’cusez, s’cusez, s’cusez! Il est 7 heures moins dix. Ces cloches s’excusent parce que dans dix minutes, à l’angélus, elles vont s’en donner à cœur joie pour attirer le plus de fidèles possible. Ensuite, d’autres églises plus modestes dans la hiérarchie feront retentir leurs cloches, espérant que certains indécis passeront par là. Nous sommes dans un pays de clochers, une ville coloniale qui a su préserver ses richesses architecturales et culturelles, de même que son âme mexicaine, empreinte de fierté, d’esprit de famille et d’amour de la fête. Depuis trois jours, nous nous trimballons à monter et à descendre les rues étroites et tortueuses de cette cité universitaire de 200 000 habitants, prise entre les collines escarpées qui recèlent l’objet de sa richesse : les mines.

Zacatecas est notre première ville minière; la plus importante du Mexique encore de nos jours. Sa richesse d’antan et celle d’aujourd’hui se perçoivent à chaque coup d’œil. Les Espagnols n’avaient rien négligé pour exposer leur richesse et chaque bâtiment nous arrache des oh! et des ah! quand les côtes nous laissent assez de souffle pour nous exclamer. Située au nord du plateau central, à la limite des régions désertiques du Nord, cette ville attire peu les touristes, et c’est tant mieux. Les gens ne nous sautent pas dessus et ne nous fuient pas non plus. Exactement ce dont nous avions besoin pour oublier notre arrivée sur terre à Los Mochis et nous réconcilier avec le Mexique.

À Mazatlán, nous avions déniché un magnifique camping, directement sur la plage… Encore. Et nous étions encore pratiquement seuls. Mais nous en avions marre des vagues et du ciel bleu. Après avoir contemplé notre Westfalia pendant de longues heures, nous avons décidé de le mettre à l’épreuve et d’entrer dans les terres, à ses risques mécaniques et périls existentiels. Nous voulions voir des vraies villes, du vrai monde, du vrai quotidien. Quand nous avons traversé les montagnes en direction de Durango, nous nous sommes demandés jusqu’où notre témérité nous amènerait. Jusqu’à quelque 10 000 pieds d’altitude, là où El Espinazo del Diablo, l’échine du diable, nous permet d’admirer de tous les côtés des chaînes de montagnes et des chaînes de montagnes à perte de vue. Près de 200 kilomètres de côtes et de courbes, à tourner autour des sommets de chaque montagne pour en rejoindre une autre et refaire le même manège pendant des heures et des heures. Heureusement, la route était plus large qu’à Baja, mais les montées et les descentes en courbes étaient plus exigeantes, surtout pour les camions qui devaient toujours déborder dans l’autre voie, c’est-à-dire la nôtre. C’était effrayant, d’autant plus que la chaussée était parsemée de sérieux trous nous rappelant que cette route avait du vécu et que les travaux qui bloquaient régulièrement la circulation avaient leur raison d’être.

Après El Espinazo del Diablo, les quelque 150 autres kilomètres jusqu’à Durango nous ont semblé être une balade. Le paysage changeait; de grands ranchs, des conifères, des petites maisons à deux étages, des cow-boys, des décors pour films western. Arrivés à Durango, nous avons constaté que nous n’étions pas très bien équipés en cartes pour traverser des villes de près d’un million d’habitants, surtout quand on sait que les Mexicains sont avares de panneaux routiers et que ceux que l’on trouve sont habituellement erronés. À la brunante, après huit heures de route, nous sommes arrivés sains et saufs au camping, complètement épuisés, tout comme le West, poussé à son maximum, même à 30 km/heure. Comme nous, il a résisté.

Le lendemain, nous sommes partis tôt pour Zacatecas, espérant ne pas nous faire prendre encore par notre vision idyllique nord-américaine du temps nécessaire pour parcourir les distances d’un point à l’autre. Ici, on doit calculer un maximum de 50 km/heure. Nous avions 300 kilomètres à franchir et nous espérions arriver en fin d’après-midi. Il commence à faire noir à 6 heures et nous ne voulions pas encore arriver en ville à la brunante. Le tout s’est très bien déroulé, sur une route bordée de cactus et de grands espaces désertiques, jusqu’à notre arrivée en ville qui fut plutôt bordélique. À travers une circulation intense, nous sommes entrés dans un champ de construction sans aucune indication routière. Pendant que tout le monde semblait tourner en rond d’un viaduc à l’autre tout en sachant où il allait, nous essayions d’identifier des repères, mais c’était peine perdue. En désespoir de cause, à une intersection, nous avons demandé des informations à un jeune couple qui nous a pris en charge et nous a conduits jusqu’à notre camping. Nous n’en finissions plus de les remercier. L’hôtel avec les sites de camping était en rénovation, mais les propriétaires ont pu nous accommoder avec une chambre, accès au Westfalia et vue sur la ville s.v.p. Nous sommes tombés sous le charme de Zacatecas et des gens qui l’habitent. Ce sentiment ne s’est pas démenti au cours des trois jours que nous y avons passés. En plus de l’architecture coloniale magnifiquement conservée, on y trouve de très beaux parcs, des musés fort intéressants et des spectacles à tous les coins de rue car, chanceux comme on est, c’est le festival du théâtre de la rue, un festival très couru par les familles mexicaines.

Il y a bien sûr les cloches du matin. Elles auraient un certain charme si, la veille, la fanfare n’avait pas épuisé son répertoire jusqu’aux petites heures du matin. Encore plus si le feu d’artifice n’avait pas étiré le plaisir à un coup à la demi-heure. Enfin, les cloches du matin nous permettaient de profiter davantage de la journée…