Guanajuato, vieille et jeune à la fois



Guanajuato a été pour nous la rencontre avec la jeunesse mexicaine. Ils étaient des milliers, ils étaient beaux, ils étaient curieux, fiers, rieurs, affables et même très chaleureux envers nous, nous, les drôles de gringos qui leur souriaient et leur parlaient en espagnol avec un accent français. C’était rafraîchissant.

Chanceux, nous arrivions à Guanajuato pour la dernière semaine du Festival international Cervantino, un important festival des arts de la scène et des arts visuels qui attirent des jeunes de tout le Mexique. L’ambiance est à la fête partout dans la capitale de l’état, cette petite ville coloniale qui fait partie de l’histoire du Mexique non seulement grâce à ses mines d’argent, qui ont fourni plus de 20% de la production mondiale pendant 250 ans, mais aussi en raison du rôle qu’elle a joué dans la guerre d’indépendance et la révolution mexicaine. Coincée dans un ravin entre ses montagnes d’argent, Guanajuato n’a jamais pu grandir. Heureusement! Elle a ainsi pu conserver à la fois son architecture coloniale et son caractère révolutionnaire, ou tout au moins son ouverture aux grands courants de pensée. Imaginez des milliers de jeunes de Mexico, de Guadalajara, de Veracruz, de Morelia et de partout au Mexique débarquer à Guanajuato avec leur sac à dos, leurs différentes cultures, leurs différents vécus, leurs espoirs communs et leur envie de fêter, surtout. Avec de la musique à tous les coins de rue, des artistes ici et là, tous ces jeunes Mexicains s’amusaient toute la journée, puis dormaient dans les parcs, sur les toits, un peu partout, mais dans un calme que les organisateurs de la Saint-Jean envieraient. Il faut dire que la présence policière était assez envahissante.

Néanmoins, nous avons été étonnés de voir toute cette foule fêter et déambuler dans les rues de façon si ordonnée. Lors des spectacles, les jeunes étaient très patients; des heures à attendre pour réserver leurs places dans des amphithéâtres bondés de monde où certains nous ont même réservé des places! Ils étaient aussi très respectueux; lors du spectacle de clôture de l’Afrique du Sud, ça ne levait vraiment pas. Les jeunes les encourageaient quand même, applaudissaient poliment, faisaient la vague… Au Québec, l’Afrique du Sud aurait reçu des tomates depuis longtemps. Nous, nous sommes discrètement partis avant la fin.

Au bout de quatre jours à Guanajuato, nous n’en pouvions cependant plus d’être menés par la foule, d’avancer à pas de tortue et de s’excuser de vouloir bouger un peu. Le festival terminé, nous avons pu visiter un peu, dont el Museo de las momias, qui attire surtout les Mexicains de tout le pays, friands de tout ce qui a rapport avec la mort. Ce musée est directement dans le cimetière où on a découvert par hasard, lors de l’exhumation de corps pour lesquels personne n’avait payé le loyer, que la composition minérale du sol favorisait la conservation des chairs momifiées. Ça ne prend que quatre à cinq ans pour devenir momie. Une centaine d’entre elles sont exposées dans un musée lugubre. Nous avons bien essayé de comprendre, mais ça ne fait pas trop partie de notre culture. J’ai décroché à la vue d’une affiche qui annonçait la plus petite momie au monde.

Avec un détour par San Miguel de Allende, où les Américains se sentent trop chez eux, nous sommes partis pour Patzcuaro, là où el dia de los muertos, le jour des morts, est beaucoup plus vivant.