Un peu plus loin...
D’entrée de jeu, nous tenons à préciser que le conte… rendu météorologique que vous avez reçu récemment est une histoire véridique. L’auteure a tout au plus pris la liberté d’organiser les événements dans le simple but de rendre l’histoire plus vraisemblable, plus réelle. Elle a cependant perdu un peu de crédibilité en abusant outrageusement du mot «jeunes» pour identifier les passagers du Westfalia. Mais nous vous assurons que le reste de l’histoire s’inspire de faits vécus; parlez-en avec les gens de Patzcuaro.
Pendant ce temps, la vraie vie continue… Et il fait toujours beau. Depuis que nous avons quitté Patzcuaro, beaucoup de routes ont filé sous nos pneus… Nous sommes redescendus sur la côte du Pacifique, d’abord à Zihuataneo, puis à Acapulco et enfin à Puerto Escondido. Ensuite, nous sommes revenus dans les terres, cette fois en direction d'Oaxaca, que nous avons quitté ce matin pour traverser les montagnes du centre, dont le volcan Popocatépetl, et pour commencer à remonter la côte le long du golfe du Mexique. Voici quelques textes pour partager notre périple avec vous.
Zihuataneo-Ixtapa, à quelques kilomètres de différences
Nous sommes restés près d’une semaine à Zihuataneo, dans notre petit camping, à deux pas de la mer où nous nous sommes laissé tremper pendant de longues heures. Avant de quitter cette oasis, nous nous sommes rendus à Ixtapa, histoire de voir ce resort de Funatur. À une dizaine de kilomètres de Zihuataneo, nous avons trouvé une grosse mer agitée, de gros hôtels avec de grosses piscines, des gros touristes qui ne ressemblent pas à ceux des brochures publicitaires, et des gros prix. À Ixtapa, il n’y a personne d’autres que de l’argent sur deux pattes et des vendeurs. À leurs sollicitations, quand nous répondions «no gracias», ils rétorquaient dans un anglais approximatif : «Come on amigos, play the game! We want your money…».
La vraie vie à Acapulco
Les vagues se fracassent sur la côte pendant que le soleil se couche lentement à l’horizon. Pour contempler ce paysage, il faut cependant regarder à travers le grillage qui clôture le camping et qui protége la population locale de riches touristes à RV condamnés à ne rien faire dans des sites touristiques artificiels, spécialement conçus pour eux. Mais ce n’est pas grave; nous sommes à Acapulco. Pas l’ombre d’un moustique, la brise est douce, le vin est bon. Et puis derrière nous, Mercedes Sosa chante à tue-tête Gracias a la vida. Quelle belle soirée!
Nous en avions bien besoin après avoir passé la journée dans la chaleur des rues poussiéreuses du vieil Acapulco. Ceux qui pensent que nous allons leur décrire les rangées de gratte-ciel modernes sur les plages de sable blanc seront déçus. Ici, il n’était pas question de se faire prendre dans une trappe à touristes comme à Ixtapa. À Acapulco, nous voulons voir le vrai monde, la vraie vie… vous savez? Nous avons donc décidé d’aller dans la vieille partie d’Acapulco.
Notre camping est situé à 7 Km au nord de la ville, à Pie de la Cuesta, une pointe de terre qui s’avance entre une grande lagune et le Pacifique. Un bus bien magané nous a amenés dans un centre-ville bien magané. Sale, triste, délabré, le vieil Acapulco n’a de touristique que les vendeurs de tous ordres qui nous apostrophent pour nous offrir la grande gastronomie… ou le tour en bateau de notre vie. Quand nous avons réussi à leur échapper, nous nous sommes retrouvés dans des quartiers réservés aux gens de la place et, disons, pas très accueillants pour les petits touristes que nous sommes. Heureusement, en haut d’une côte, nous avons trouvé la Quebrada; avec une bière et des tacos, nous avons pu regarder les plongeurs des vieux films d’Elvis, se jeter en bas des falaises escarpées, dans les eaux tumultueuses de la baie d’Acapulco, au péril de leur vie, devant les regards esbaudis et les applaudissements discrets d’une foule modeste. Ce n’est pas aussi impressionnant que dans les films, mais ça vaut la peine d’être vu…
Nouvelles vagues
Bienvenue au paradis des surfers, la Playa Zicatela . Nous venons de traverser la route des topes d’Acapulco à Puerto Escondido. Certaines personnes nous ont dit y avoir compté jusqu’à 400 topes; inutile de préciser que nous roulions lentement et qu’il y avait de la vague! Mais jamais autant que sur la Playa Zicatela : des kilomètres de plages de sable fin, un roulement perpétuel de vagues turquoise et blanches, un défilé ininterrompu de fesses rondes, de ventres plats, de torses bombés et de seins bien élevés, le tout bronzé juste à point. À part quelques hippies perdus dans le temps, nous sommes probablement les plus vieux vacanciers du coin. Nous promenons humblement nos vieilles carcasses le long de cette mer agitée, admirant autant les pirouettes athlétiques que les silhouettes qui les exécutent.
Ici, il n’y a pas de gros hôtels alignés sur la plage, ni de vendeurs de condos en temps partagé. On s’adresse à une autre clientèle, celle des passionnés de la vague, rien d’autre ne compte. Pour une semaine, un mois, une saison, on leur offre des cabañas en bambou avec un équipement rudimentaire composé d’un lit, d’un moustiquaire, d’un mini frigidaire rouillé et d’une table à quatre pattes, s’ils sont chanceux. Ce n’est pas grave, la mer est merveilleuse; tout ce qu’ils veulent, c’est un endroit pour dormir avec leur planche de surf en rêvant à la prochaine vague qui les transportera jusqu’à… jusqu’à… jusqu’à la rive tiens! Non, ce n’est pas assez captivant, disons plutôt jusqu’à… la prochaine vague, pour montrer comment les addicts du surf peuvent s’enivrer.
L’endroit est charmant. Si j’avais eu la moitié de mon âge, je serais sûrement tombée amoureuse de cette plage isolée des autoroutes et des grands resorts à l’américaine. Mais l’autre moitié de moi-même semble être de trop, le nombre d’années comme le nombre de kilos!
En route vers une autre époque
Nous sommes restés quatre jours à Puerto Escondido; finalement, l’autre moitié de moi-même s’est habituée à cette vie de jeunesse, et j’ai eu deux fois plus de plaisir! Nous étions même tristes de quitter cette ambiance décontractée, surtout quand nous avons commencé à stresser sur la route qui nous menait à Oaxaca. Croyez-le ou non, elle était pire que toutes celles que nous avons empruntées pendant notre voyage. L’état d’Oaxaca est l’un des états les plus pauvres du Mexique; nous nous en sommes rendu compte quand tout s’est mis à revoler dans le Westfalia. En plus des montagnes, des curvas peligrosas, des topes, des trous, des camions et des animaux, la route de Puerto Angel à Oaxaca est deslavada. Deslavada est un nouveau mot que nous avons appris sur le tas; ça veut que la route est délavée, c’est-à-dire que la montagne est descendue sur la route et que la route est descendue dans la montagne. Nous avions hâte d’arriver!
Épuisés, nous sommes heureusement aboutis dans une magnifique ville mexicaine qui réussit à être moderne tout en renfermant des trésors d’autres civilisations. Nous avons marché, marché et marché dans cette ville très agréable très sécuritaire et très calme. Nous avons aussi eu la sagesse de visiter son musée avant de nous rendre aux ruines de Monte Alban. Nous avons donc pu mieux comprendre le contexte dans lequel les civilisations Toltèques et Mayas ont bâti cette cité quelque 800 ans avant Jésus-Christ.
Changement de programme
Présentement, le soleil se couche derrière moi, pendant que je regarde la douce lumière rosée qu’il reflète sur la mer, devant moi. Oui, oui! Je regarde vers l’Est. Demain matin, j’aurai droit à un lever de soleil sur l’Atlantique.
Nous sommes à Nautla sur la Costa Esmeralda, tout près de Veracruz, dans un petit camping directement sur le bord de la mer. Nous avons bien sûr choisi un site qui nous donne une vue imprenable sur les cocotiers et sur les calmes vagues pacifiques du Golfe du Mexique. Ici, les vagues roulent; elles ne claquent pas comme celles du Pacifique. Aussi, le bruit de leur roulement incessant se mêle au bruit du vent, lui aussi incessant. C’est vraiment différent. Tout comme l’odeur saline qui plus marquée, plus consistante; il ne manque qu’un peu de ketchup sur des frites pour que je m’imagine à Old Orchard, en plus chaud.
Nous passerons trois jours ici avant de retourner à la maison. Nous espérons prendre l’hiver de vitesse pour manger de la tourtière à Noël!
Alors nous nous reverrons bientôt!
Hasta pronto!
Sylvie et Luc
xxx