Patzcuaro, tradition ou légende


Les artisans de tous les villages purepecha et tarasco débarquent à Patzcuaro, avec chacun ses spécialités, sa culture, ses couleurs. C’est fête à Patzcuaro; les familles se réunissent pour faire le party sur les tombes de leurs défunts. Ils apportent des offrandes, les choses que le défunt aimait comme du pain, des fruits, des sucreries et bien sûr de la Tequila…des cigarettes. Il n’y a rien de triste là-dedans; tout le monde espère bien s’amuser. Ça fait partie des traditions, c’est beau, c’est sain et c’est rempli de magie.

Mais c’est tellement particulier que ça attire les touristes. Les vendeurs de bébelles flairent les bonnes affaires; les fêtards aussi. El dia de los muertos se transforme en beuverie; les gens du village n’aiment pas que leurs traditions prennent cette tangente; les commerces locaux ferment leurs portes, la police est omniprésente.

Nous sommes arrivés à Patzcuaro un soir de pleine lune; mieux encore, un soir d’éclipse de pleine lune. Malheureusement, le ciel était couvert, mais avec notre chance habituelle, il s’est dégagé et quelqu’un est venu frapper à notre porte pour nous dire que le spectacle était commencé. Nous sommes arrivés quelques jours avant el dia de los muertos. Nous étions pratiquement seuls au camping; puis un couple de la capitale (D.F.) est arrivé, suivi d’un couple d’Américains dont un musicien qui n’avait jamais réussi à s’ajuster à l’après 70; suivi d’un couple de Québécois de Dunham-les-vins qui faisait de la culture biologique six mois par année à San Miguel de Allende; suivi d’un cycliste de Belgique qui pédalait depuis le Canada jusqu’en Patagonie pour exorciser le décès de sa compagne; suivi de trois jeunes de la Nouvelle-Zélande, de l’Australie et de l’Angleterre que le hasard et le pot avaient réunis;suivi de deux hostie de Français que le besoin d’argent avait poussés à enseigner le français à des Mexicains «sous-doués»; suivi d’un autre couple de Québécois qui habite à deux maisons de chez Duclos à Roxton Falls; et enfin, trois enseignantes mexicaines de Monterrey descendues fêter un parent défunt à Tzintzuntzan à 15km d’ici. Inutile de dire qu’on a fait du social. Le soir, tout ce beau monde se retrouvait dans la casita pour les botanas maison (salsa cruda, enchiladas, jicamas) et la cerveza, la tequila, le mezcal… pour parler de tout et de rien en anglais ou en espagnol autour du foyer. Cette contiguïté évoquait parfois, furtivement, l’intemporalité qui transpire des rites del dia de los muertos mais la plupart du temps, elle nous confinait à l’insignifiance du happening organisé à l’américaine.

Malgré tout ce social, le jour, nous avons pu visiter le village, voir tous les types d’artisanat, jaser avec les gens, nous imprégner de leur culture, nous informer sur les us et coutumes liés al dia de los muertos. C’est pour cela que la nuit du 1er novembre, la noche de los muertos, nous sommes restés sagement à la maison, par respect pour les familles, mais aussi pour éviter la cohue et tout ce qui ne faisait pas vraiment partie de la tradition. Nous avons gardé l’essence de la tradition et évité les légendes urbaines.